Luc Chapitre I
Le prologue
3 - ...Il a semblé bon à
moi aussi qui ai tout suivi de près, depuis l’origine
Le Prologue s’étend sur une phrase, longue,
classique, imprégnée du style de Démosthène; en
effet le verbe suivre, sous cette
forme au parfait, revient comme un leitmotiv dans les lettres ses lettres et
les discours de cet orateur lorsqu'il mettait en relief sa responsabilité d’homme
politique, conscient des dangers les plus imminents qu’il s’interdisait
de fuir , faisant acte de présence dans les situations les plus délicates
et parlant de lui à la troisième personne:
- ”Pour engager une guerre le plus
adéquatement possible, il ne faut pas suivre le cours des
évènements mais le devancer.” Discours 4:39
- “l'homme qui du début
jusqu'à la fin avait
étroitement suivi les opérations” Discours18:172
- “il a prêté une
oreille attentive aux rapports oraux durant le déroulement de
tous ces
évènements et à ceux qui les avaient suivis de près
depuis le début”. Discours 48/40:
- “J'ai permis ces choses
pour avoir eu ainsi une exacte connaissance et avoir suivi quelques uns
de ses méfaits”. Discours 23/187
- “sachant suivre de près
les évènements”. Lettre I:4
Démosthène était une référence littéraire
incontournable que Plutarque avait mis en parallèle avec Cicéron et
au II siècle Lucien de Samosate avec Homère.
Lui empruntant l’expression, Flavius Josèphe en explicitait le
sens
en l'opposant à “s’informer” :
“Quiconque
s'engage à transmettre le récit d' actions véritables
se doit avant tout de les connaître exactement lui-même, soit
pour avoir suivi lui-même les
événements, soit pour s'être informé
auprès de ceux qui savent” Contre Apion 1/10,53-54
. L’historien avait écrit sa Guerre des juifs après
en avoir suivi de près le déroulement, mais il avait
rédigé les Antiquités, en s’informant consciencieusement
auprès d’anciens, puisant conjointement aux sources scripturaires.
Comment l'évangéliste , en parlant de lui-même, aurait-il
pu
faire ce même emprunt à
Démosthène, dont il connaissait forcément l'oeuvre, pour
parler d'
évènements qu’il n’aurait pas vécus? Le champ
sémantique du verbe est clair en lui-même , puisqu'il signifie "accompagner
sur le chemin". Aussi la traduction ayant suivi par la pensée,
ou bien m’étant informé, est un abus de langage qui laisse entendre
que Luc n’avait pas pris part aux
événements consignés, mais qu’il les avait seulement
scrutés à travers le rapport d’autrui. Se serait-il mal
exprimé? Non, certes! Mais le pli indéfroissable des habitudes,
sinon les réflexes conditionnés, dès la fin du premier
siècle, ont confiné l’évangéliste dans un
rôle de rédacteur, de manière à le distancer des
faits rapportés. Mais les exemples littéraires obligent
à conclure qu’il prit part aux
évènements rapportés, comme Démosthène de
son temps ou Flavius Josèphe dans la guerre contre Rome.
L'évangéliste
ne suivait
pas l'ordonnancement littéraire que d'autres avaient adopté après
avoir récolté le témoignage des "gardiens de
la parole” . Il avait opté pour un ordre chronologique évitant
d'intervertir les faits, de manière à ne pas confondre les conséquences
avec les causes. Selon une tradition orale communiquée par Grégoire
le Grand, il accompagnait Cléopas sur le chemin dit d'Emmaus, et là encore,
couvert par l'anonymat.
4 - d’écrire
pour toi Excellent Théophile
Luc avait dédicacé son oeuvre à Théophile, soulignant
sa qualité
d'officiel par l"emploi du superlatif κράτιστος
“excellent” dans son évangile. Cet adjectif est à trois reprises
dans les Actes (Ac 23:26; 24:3; 26:25), pour des salutations faites à des
officiels de haut rang , les procurateurs Félix et Festus. L'adresse
faite en préface d’une oeuvre, relevait d'une convention littéraire
déjà
bien établie et qui voulait que le personnage en question appartint à la
classe qui exerçait le pouvoir.
Une adresse similaire était faite par Flavius
Josèphe au "très excellent Epaphrodite", un personnage
dont l'historien admirait la rigueur et la volonté
d'authenticité dans sa préface des Antiquités , si bien
qu'il lui dédia sa Vita et son traité Contre Apion. Malgré ces
mentions l'identification d'Epaphrodite demeure conjecturelle. La personnalité de
Flavius Josèphe laisse supposer qu'Epaphrodite n'était pas un
homme de l'ombre mais qu'il jouissait d'une reconnaissance officielle; c'est
pouquoi certains ont pensé à l'affranchi de Néron qui
devint secrétaire de Domitien, ou à cet autre, nommé
procurateur sous Trajan.
La même problématique revient dans l'Epître à Diognète
dont l'identification est elle aussi soumise à conjecture. Aurait-il été ce
conseiller de Marc Aurèle? La lettre était conçue comme
une réponse à celui qui s'interrogeait sur le christianisme naissant.
Dédier leur ouvrage à un personnage permettait à ces
auteurs de préciser leur orientation lorsqu’ils demandaient à une personnalité de
haut rang de leur apporter leur caution.
“Le prologue renfermait souvent une dédicace,
non parce que l'auteur visait un succès commercial grâce au patronage
du dédicataire, mais parce que des liens personnels d'amitié ou
de reconnaissance l'unissaient à ce personnage et nourrissaient son
espoir que l'oeuvre fût goûtée par le dédicataire
et ses amis”
Parmi d'autres préfaces, est à
remarquer celle de Justin Martyr qui, vers 155 adressait une première
Apologie à l'Empereur et une seconde au Sénat, dans le but de
défendre les chrétiens en butte aux persécutions. A chaque
fois il libellait son adresse selon les principes de l'administration
romaine, saisissant les autorités de manière officielle.
Au vu de ces exemples, il serait très surprenant
que Luc ait dédié son travail à un personnage fantôme,
simple prête-nom d'une communauté d'auditeurs. Théophile
devait lui aussi appartenir à la classe dirigeante et il y a lieu
de rechercher le poste qu'il avait pu occuper et le but exact que visait
Luc en s'adressant à lui.
Le dernier mot de son prologue, "solidité" est
posé en point d'orgue en fin de phrase, la plus longue de tout son récit.
Etymologiquement le terme signifie sans chute, sans erreur. Ἀσφάλεια se
retrouve dans les ouvrages historiques, dans le langage des tribunaux
comme des politiques pour exprimer la confiance qu'il est possible d'avoir
dans une source, une information, un document ou un rapport; ce mot est souvent
accolé
à reconnaître ou écrire .
Effectivement Luc prenait à témoin Théophile,
sollicitant de lui plus qu'une appréciation ou un discernement, mais
par un acte de "reconnaissance" , l’apport de sa “caution".
Luc s'était efforcé
d’étayer ses propos de repères historiques à
l’intention d’une personnalité dont l'appréciation
présentait à ses yeux un enjeu particulier . Au moment de se
mettre à la tâche, le récit était déjà construit à
l'état oral puisque Luc disait seulement le mettre par
écrit à l'intention de Théophile et non point le rédiger.
Théophile , un nom grec signifiant "celui qui
aime Dieu". était assez répandu parmi les Juifs au
premier siècle selon les témoignages scripturaires notamment
dans les familles sacerdotales. L’importance accordée par Luc à l’étymologie
des noms n’incite pas à s’enquérir d’un personnage grec
ou romain, consacré à un autre dieu que celui qu’il vénérait.
Or le seul officiel de ce nom, connu après l’année
30 fut, le grand-prêtre Théophile, ce fils d’Anne, qui exerça
de 37 à 41. À la différence de son frère Jonathan
nommé un an avant lui, il ne faisait pas partie de l’assemblée
du Sanhédrin (évoquée en Ac 4, 6) qui arrêta Pierre
et Jean avant de persécuter Étienne. Il exerça son office
en même temps que le procurateur Marullus, sous l'empereur Caligula auprès
duquel se trouvait Agrippa I, quand le temple fut menacé de voir trôner
en son Saint la statue de l'empereur. Dans cette affaire il serait resté comme
en retrait,
évitant de s’afficher. Sous son mandat, les églises de
Judée Galilée et Samarie eurent un temps de répit qu’elles
surent mettre à profit pour s’accroître et se fortifier
(cf Ac 9:31). Son père
Anne était
vraisemblablement mort lorsque son frère et lui exercèrent comme
grand-prêtre.
Grâce à la caution reçue de lui, Luc
put rendre public et répandre sans inquiétude l'évangile
mis par écrit, si bien que Paul, une quinzaine d’années
plus tard, pouvait écrire aux Corinthiens qu’il leur envoyait
ce frère loué dans toutes les églises pour l'évangile
(2 Co 8:18).
Bibliogr: RH Anderson,
à la recherche
de Théophile, Dossiers d'Archéologie, janvier 2003 p 64-71.
4 - Au sujet des paroles, elles
[dont] tu as été instruit oralement
Τῶν corrigé dans les autres manuscrits par ὧν,
n'est pas une erreur de scribe par omission du τ. Il se rencontre dans
la langue d'Homère aussi comme pronom démonstratif, et
séparé du nom par un ou plusieurs mots, comme c'est le cas ici.
Il prend alors un sens emphatique ou plus précis. A d'autres reprises
Luc y a eu recours (
2,49).
tu as
été instruit oralement. Ce verbe
est d'emploi rare jusqu'au premier siècle; il se retrouve dans les Actes à propos
d'une rumeur que l'on entend et dont on se fait l'écho jusqu'à la
répandre à son tour:
- Ainsi certains avaient répandu
la rumeur que Paul incitait à ne plus pratiquer les coutumes
juives (Ac 21,21) ; le verbe est à l'aoriste. Paul eut alors à accomplir
une démarche de purification pour que l'on sache qu' était
infondée la rumeur qui avait couru à son sujet (Ac
21,24); le verbe est alors au parfait: cette rumeur avait donc été
répandue depuis un certain temps déjà et elle était
encore présente à la mémoire.
- - Apollos en Ac18,25, lettré versé dans les Ecritures
Saintes, était dit avoir entendu l'enseignement à Alexandrie
d'où il
était originaire. A son tour il se mit à
proclamer la parole avec rigueur; mais s'étant fixé sur le
seul baptême de Jean, il fut pris
à part par Priscille et Aquila qui lui exposèrent avec plus
d'exactitude encore la "Voie". Le verbe est au parfait ce qui
laisse entendre qu'Apollos
était un disciple instruit depuis un certain temps déjà lorsqu'il
arriva à
Ephèse.
Si, à son image, Théophile avait été
un disciple déjà formé, le verbe du prologue aurait été vraisemblablement
au parfait ; or il est à
l'aoriste. Ainsi au moment où
Luc lui dédicaçait son ouvrage, Théophile venait de se
voir communiquer, sur le sujet, une première information
à laquelle il avait donné un écho. Et comme dans les cas
précités, cette information allait devoir
être reprécisée, sinon rectifiée. Théophile
pouvait être un sympathisant mais probablement pas un fidèle des
assemblées chrétiennes. C'est à partir de ces textes que
le terme a pris un sens restreint qu'il n'avait pas alors , pour désigner
la catéchèse chrétienne.
Des annonces aux cantiques évangéliques
5 - Hérode
le
roi de la Judée.
Qu'importe l'article? Ecrire qu'Hérode était roi de la
Judée, c'était décliner son titre, son rang hiérarchique;
mais est-ce cela qui intéressait l'auteur ? n'était-il pas plus
important de préciser qui
était cet Hérode là ? C'était le roi de la Judée
- à ne pas confondre avec son fils Archélaüs qui exerça
comme ethnarque sur la Judée avec le nom d'Hérode. La présence
de l'article dans le codex de Bèze attire simplement l'attention sur
une préoccupation d'ordre historique qui pouvait guider l'auteur.
une femme pour lui.
[sa femme]
De nombreux manuscrits comportent, comme au v13, la leçon courante et
attendue sa femme, avec le pronom au génitif et l'article devant le
substantif. La leçon au datif apporte, quant à elle, une nuance:
Elisabeth serait présentée au moment de son union avec Zacharie,
comme celle qui lui était destinée, avant de devenir sa femme
en titre. Le datif indique l'attribution (comme en 1,7 ; 2,5; 10,39) et le
génitif ce que l'on détient en titre (cf
8,3D).
Les v5-7 ne fixaient pas les portraits d'Elisabeth et de Zacharie en un moment
précis mais retraçaient leur cheminement commun alors qu'ils
s'avançaient dans leur jours (participe au parfait) au temps du roi
Hérode.
Elisabeth
Même orthographe au v36, mais Elisabeth aux v 7,40, Elisabet au v.56
Elisabed aux v13,24,41; ces changements sont indépendants de la déclinaison,
un nominatif dans la plus part des cas. Le codex Bezae est seul à présenter
la terminaison Elisabed qui a parfois
été répercutée dans le latin correspondant. Elle était "d'entre
les filles d'Aaron" ; cette expression consacrée laissait entendre
qu'Élisabeth répondait aux critères pour être l'épouse
d'un prêtre. La Torah ne l'exigeait pas mais les coutumes voulaient qu'un
prêtre épouse une femme de la tribu lévitique.
6 - Devant, au regard de
Dieu.
L' adverbe ἐνώπιον devant, n'est pas empreint d'une notion d'opposition à la
différence d' ἐνaντίον, face à, vis à vis
de, à
l'encontre de (cf Lc 20,26: affrontés au peuple); ic iἐνώπιον est recommandé par
le contexte.
Au v.8 l'adverbe ἔναντι, (devant Dieu) se termine par un "iota deictique" ,dont
le but est d'attirer l'attention: Cet hapax dans le NT, est fréquent
dans la LXX. Il a pu être choisi en référence au livres
de la Torah (Nb 8.13, 32.32 etc), à propos du service accompli par le
Grand-Prêtre entrant dans le Sanctuaire, "devant le Seigneur",
pour une intercession en faveur d'Israël. Ave ἔναντι insistance
était mise sur la crainte religieuse inspirée par la présence
de Dieu dans le temple où le prêtre se voyait confronté à la
sainteté divine.
7 -considérant que, (litt. à proportion de);
Ce terme assez peu fréquent comporte la nuance suivante: en proportion
de; (accompagné de la particule ἐν, ce qui n'est pas le cas ici, il
signifie dans la mesure où). Zacharie et Élisabeth n'avaient
pas d'enfant
à proportion de la stérilité d'Élisabeth. Du point
de vue du narrateur cette stérilité pouvait donc n'être
ni définitive ni absolue
13 - Elisabeth engendrera *[ pour
toi] un fils
Le codex de Bèze n'a pas le pronom personnel pour toi, ce qui, dans
le contexte culturel du temps, renforçait l'insolite de la naissance
de Jean. En effet la femme était sensée engendrer pour l'homme
(cf Lc 20,28). Or Elisabeth n'allait pas d'abord ou seulement engendrer pour Zacharie
son
époux, mais pour Dieu selon son dessein, pour l'enfant lui-même,
pour elle, et pour les fils d'Israël comme cela avait été annoncé par
l'Ange. De ce point de vue, l'ajout du pronom dans les autres manuscrits, restreint
considérablement les dimensions du projet divin.
L'emploi du verbe γεννάω à
la voix active pour la femme, et sans indication d'un destinataire masculin,
est rare; lui est ordinairement préféré
la voix moyenne ou encore le verbe sullambanw. Comparativement, dans l'hébreu
biblique avec la même forme du verbe
yéled, pour lui
comme pour elle, était affirmée une même capacité
dans l'engendrement. Ce principe, décelable sous les paroles de l'Ange
Gabriel aurait laissé son empreinte dans la langue grecque du codex
de Bèze.
15 -Pas de danger qu'il
boive !
ou mh suivi du subjonctif, est une formulation prisée par Luc (cf 6,37,
22,18). Jean , fils de prêtre - donc futur prêtre lui-même
- selon le commandement donné à Aaron et
à ses fils en Lv 10,9, devait s'abstenir de boisson fermentée;
il allait être au regard de Dieu un grand-prêtre à en
juger par ces mots: il sera grand sous le regard du Seigneur.
le verbe πρόσδεχομαι , à la différence de προσδοκάω
choisi dans les autres témoins scripturaires, signifie non seulement
attendre, mais faire bon accueil. Le peuple, dans son attente même fébrile, était
bien disposé à
l'égard de Zacharie.
26 - Or dans le sixième
mois.
[or dans le mois le sixième]
L'ordre des mots n'est pas indifférent; ce sixième mois était
celui de la grossesse d'Elisabeth auquel il était fait allusion au v.24
, puis au v.36. L'ordonnancement choisi dans les autres manuscrits [or dans
le mois le sixième] correspond à la formulation type adoptée
dans la Septante pour les mois de l'année liturgique qui débute
au printemps (cf. Gn 8,4, Lv 16,29 etc); on en viendrait à confondre
le sixième mois de la grossesse d'Elisabeth avec le mois le sixième
de la liturgie. Les interférences avec la Septante conditionnaient l'écriture
de Luc ; même remarque, mais à l'inverse au v.1, 59.
- Envoyé ... par Dieu: Ailleurs,
la correction de upo en apo témoignerait d' une rédaction plus
tardive (cf. 7,35)
Une ville Galiléenne
* [ ].
[une ville de Galilée du nom de Nazareth]
Nazareth n'est pas mentionnée comme lieu de l'Annonciation dans le codex
Bezae. Marie vécut dans cette ville avec son époux, mais Luc
n'avait pas précisé son lieu d'origine et il se pourrait que
l'Annontiation se soit déroulée dans la
ville
d'où étaient originaires les "frères” de Jésus
27 - Ayant pour prétendant,
s'étant promise
à
[fiancée officiellement
à]
Le participe μεμνησμένην, du verbe μναόμαι n'est
pas celui des fiançailles officielles (Dt 22:25). Il signifie courtisée
et se rencontre dans l'oeuvre de Philon d'Alexandrie, où le prétendant (ὁ μνώμενος)
qui commence à courtiser (μναόμαι) se différencie
du fiancé lié par contrat (μνηστήρ , De Agricultura, XXXVI,36
ou 158). Il convient donc pour une jeune fille courtisée, sans qu'il y ait
eu encore de fiançailles officielles; ce projet constituait la première
des trois étapes du mariage dans les coutumes hébraïques,
et portait le nom de chiddoukhin. Lors de la seconde étape,
"érousin", ou fiançailles officielles, la dot était
versée par le jeune homme au père. Précédant de plusieurs mois
la cohabitation avec le mariage proprement dit, cela donnait lieu entre les
deux familles,
à un contrat . Les fiançailles officielles de Marie sont mentionnées,
mais à la Nativité seulement (2,5). Au moment de l'Annonciation,
selon le codex de Bèze, l'engagement n'avait pas encore eu lieu, même
si un préalable d'entente existait entre les deux familles depuis un
certain temps (promise est au parfait). Ce petit "détail" permet
d'envisager la liberté de Joseph dans le plan divin. Le changement du
terme avec celui de fiancée pourrait venir d'une tentative d'harmonisation
avec Matthieu pour qui Marie était déjà engagée
officiellement au moment de la conception (Mt1,18).
Ce participe au parfait d'un verbe déponent alors qu'aucun agent n'est
précisé est à considérer, non sous la voie passive, mais moyenne: Marie s'était
promise à Joseph. Cela implique que son voeu de chasteté était partagé par
lui (cf Livre des Nombres, ch 30).
Mariam;
Partout ailleurs, dans le codex Bezae, ce prénom, au nominatif,
est orthographié Maria, et Marian à l'accusatif (2,16). Mariam
est indéclinable; Le codex C comporte la même variante.
Réjouis-toi plénitude
de grâce Le Seigneur avec toi!
C'ette parole pourrait clôturer la prière de Kippour où le
fidèle par le jeûne et la prière communautaire adresse à
Dieu une demande de pardon et de l'inscrire au livre de Vie. On peut se demander
si l'Annonciation n'a pas eu lieu ce jour là et si la salutation de
l'Ange Gabriel n'est pas comme une réponse
à la prière de Marie. "Yom Kippour, le jour le plus saint
de l'année, est, d'une certaine manière, l'un des plus heureux.
C'est qu'à Yom Kippour nous recevons ce qui est peut-être le don
le plus sublime de Dieu, Son pardon. Lorsqu'un homme accorde son pardon, il
exprime un sentiment profond d'amitié, d'amour, qui efface dans sa relation à
l'autre les effets du mal subi. Le pardon que Dieu nous accorde est l'expression
de Son amour éternel et inconditionnel. Yom Kippour est ce jour unique
de l'année où Dieu révèle plus clairement l'unité de
Son Essence avec notre âme .Pendant 24 heures les portes du ciel restent
ouvertes et au moment de la Neïla, l'ultime prière, Dieu apporte
Son sceau final au grand livre de la vie."
Kipour était alors le jour où le Grand-Prêtre entrant dans
le Saint des Saints prononçait le tétragramme sacré comme
l'évoque ici la parole de l'Ange: "le Seigneur avec toi!".
28 - Bénie es-tu parmi
des femmes !
Cette bénédiction qui sera reprise par Elisabeth au v.42
est aussi présente à
cette place dans plusieurs autres manuscrits ; rien n'empêche de la considérer
comme originelle. Il s'agit de la bénédiction même de Dieu
sur Marie, une bénédiction qui lui était faite en tant
que femme et propre à rejaillir sur d' autres femmes. Peut-être
a-t-elle disparu des autres témoins scripturaires parce qu'elle semblait
secondaire par rapport à la salutation
"Réjouis-toi comblée de grâce"?
31 Tu appelleras son nom
Jésus.
Le nom de Jésus (YH -Sauve) est
énoncé dans un contexte de vie. La racine hébraïque
du nom salut a pour synonymes non seulement la délivrance, l'aide, le
secours pour celui qui est aux prises avec un ennemi, mais aussi le bonheur,
la réjouissance, la fête, la bénédiction de Dieu.
La prérogative d'imposer son nom à l'enfant ne fut pas gardée
par Marie, puisqu'au moment même (2,21), il est rapporté que l'enfant
fut "Nommé du Nom de Lui" sans que soit indiquée la
personne qui procéda à cet acte liturgique; faut-il considérer
dans ce passif l'équivalent d' un "passif divin"?
C'est dans cet interstice laissé par la réflexion lucanienne,
que Matthieu, a suggéré l'ordre adressé cette fois à
Joseph, en songe, de nommer l'enfant. Il a de plus alloué au prénom
Jésus une signification: sauver des péchés (Mt 1,21);
mais cette expression n'a pas d'équivalent strict dans les textes bibliques;
elle
évoque une parole de la liturgie racheter des fautes (Ps 130,8 cité en
Tt 2,14). Cette analogie a prédominé
dans la spiritualité chrétienne et donné de la notion
de salut un sens très restreint.
Bibliogr.:JP Prevost, Sauver, dans Le Monde de la Bible, mar-avril 2000
p68.
34 - Comment cela sera puisque
je ne connais pas d'homme ?
Orthographe ancienne de epei avec la terminaison i au lieu de ei,
ici comme ailleurs dans le codex Bezae (Mt 18:32, Mc 15:42) , et d'autres
manuscrits (A W C Q).
Cette première phrase de la réponse de Marie détenait
une affirmation déjà habitée de la certitude que
cela allait être: "cela sera"; un verbe, qui lorsqu'il est
mis par Luc en exergue en fin de phrase revêt son sens "existentiel".
A cette certitude s'attachait un questionnement: comment? La justification
de cette interrogation était apportée par la seconde phrase:
puisque je ne connais pas d'homme! Seconde affirmation qui avait de quoi
surprendre de la part d'une jeune fille, dans un contexte culturel et religieux
où c'est l'homme qui épouse la femme et non l'inverse, la femme
ne disposant pas d'elle-même. Le verbe connaître est à l'actif:
elle ne faisait pas part de son état de virginité comme au
v.27, mais elle affirmait son intention vécue en acte de ne pas avoir
de relations sexuelles, puisque c'est le sens du verbe connaître en
hébreu. Cette parole comme la salutation et l'annonce de l'ange ,
distingue ce récit des légendes mythologiques souvent
mises en parallèle; composées par des hommes , la violence
en est le dénominateur commun, et le consentement féminin
n'y est pas requis. . Le le dialogue de l'Annonciation, parce qu'il reflète
des préoccupations féminines, est à considérer
comme le témoignage même de la protagoniste.
35 - l' engendré saint.
La règle voudrait la répétition de l'article
τὸ devant l'adjectif épithète ἅγιον puisqu'il n'est pas enclavé entre
l'article et le substantif; comment expliquer cette dérogation?
- τὸ γεννώμενον est un participe substantivé désignant l'enfant à naître,
l'embryon ( cf. Hérodote 1,108) et l'adjectif ἅγιον est à
considérer comme son attribut avec omission du participe “étant”
comme en Lc 1,49.
32 - Il sera appelé Fils
du Très-Haut & 35 - L’engendré
saint, sera appelé Fils de Dieu.
Les deux expressions
sont- elles équivalentes?
Elles se retrouvent toutes deux dans le document 4Q246 de Qumrân:“Il
sera appelé Fils de Dieu, ils l'appelleront Fils du Très-Haut.” désignant
peut-être Antiochus V Eupator, fils d’Antiochus IV qui se considérait comme
“épiphanie” d’Apollon, exerçant un rôle
non seulement royal mais semi-divin.
en Lc 1 32 - Il sera appelé Fils du Très-Haut a pour
sujet Jésus, YH-Sauve c’est à dire YHWH dans son action
de salut reconnaissant en Jésus son fils. L’expression est un
“passif divin”, où YHWH est auteur de l’action :
avec le trône de David Jésus recevait du Très-Haut sa
fonction royale.
En Lc 1:35 - sera appelé Fils de Dieu. a pour sujet
“l’engendré”, qualifié de
“Saint”, un terme fréquent dans les textes de la Mer Morte
désignant soit les prêtres soit les consacrés membres
de l'assemblée, :
"Col 3, 22 : Paroles des bénédictions de l'Inst[ructeur
, pour bénir] les Fils de Sadoq, les prêtres élus par
Dieu pour garder son alliance à [jamais]...25 Que le Seigneur vous
bénisse de sa [sain]te [demeure], qu'il vous place comblés
d'honneur au milieu des 26 Saints; [qu'il re]nouvelle pour vous l'alliance
[éternelle] du sacerdoce...Col422 Il vous a élus 23 et pour
vous placer à la tête des Saints et par vous bé[nir]
par votre main les hommes du conseil de Dieu...Puisse-t'il vous établir
comme saints parmi son peuple."1Q28b/1QSb.
C’est à la fonction sacerdotale du messie que renverrait cette
parole de l’Ange. Marie était prise sous l’ombre de l’Esprit
Saint de la même manière que la Shekina couvrait la tente, la
demeure du Très-Haut; le titre Fils de Dieu renvoie à la fonction
sacerdotale du Messie (cf 21:8 et 22:70; Hebr 4:14).
37 Ne sera pas sans
puissance toute parole de la part de Dieu.
[Ne sera pas sans puissance auprès de Dieu toute parole]
Toute parole est à la place médiane, et la préposition
para commande un génitif; para tou qeou signifie, d'auprès
de Dieu, plus littérairement, de la part de Dieu; cette formulation
retranscrit avec exactitude l'hébreu correspondant:est-ce que serait
sans puissance de la part de Dieu une parole? (Gn 18,14). Le proverbe rien
n'est impossible à Dieu, est une lecture interprétative de
ces versets. Dès le premier chapitre de la Génèse Dieu
n' était-il pas présenté comme agissant non point directement,
mais par sa parole? Partie des autres manuscrits avec para et le datif ont
simplement recopié la Septante, Gn 18,14. (sur para accompagné d'un
datif, cf. note18,27
38 -Voici l'esclave du Seigneur.
Qu'il soit à moi selon ta parole!
Ces paroles ne témoignent pas d'une volonté d' effacement car
en se disant "l'esclave du Seigneur", Marie revendiquait son inscription
dans la lignée des trois grands personnages bibliques qui eurent droit
au titre d'
"esclave du Seigneur ", Moïse, Josué et David (Dt34,5;Jos
24,29;Ps 36,1; l'expression semble leur avoir été
réservée, mis à part l'anonyme d'Is 42,19). Beaucoup à l'image
de Job (Jb1,8) furent reconnus par Dieu pour ses serviteurs ou ses esclaves;
mais le titre "esclave du Seigneur"
resterait un privilège. Le daignerait-on à Marie? C'est bien
le terme doulè = l'esclave qui a été
choisi pour elle , peut-être sur l'exemple de Anne en1S1,11, alors que
pour la femme s' emploie généralement paidiskè, la servante.
La phrase qui vient à la suite n'a pas moins de force:l'optatif
genoito recouvre le verbe être en hébreu selon l'exemple de
1R8,57: Que le Seigneur notre Dieu soit avec nous! Un rapprochement avec
Gn1,3 est également parlant: que lumière soit! Marie se plaçait
au niveau de l'Etre; c'est pourquoi la traduction "qu'il me soit fait
selon ta parole" est peu judicieuse.
40 - Elle salua Elisabeth.
41 - Et il advint, ,comme elle avait entendu la salutation de Marie, elle,
Elisabeth, que bondit dans le sein d'Elisabeth son enfant et fut remplie
d'Esprit Saint Elisabeth.
Elisabeth, le nom de la mère de Jean, est répété une
quatrième fois en l'espace des deux versets; singulière insistance!
Elisabeth, en hébreu Eli-Sheva peut se comprendre "mon Dieu tient
promesse"; sheva est aussi le chiffre sept, celui de la plénitude;
avec la prononciation séba , le même terme signifie rempli,
comblé; il est en effet ajouté qu' Elisabeth fut comblée
d'Esprit Saint (comme Nephtali que son père souhaitait voir comblé de
faveur, Dt 33,23). Appréhendé en hébreu ce verset présente
donc une récurrence démonstrative du terme shéva -séba,
et ce, en lien avec l'Esprit Saint. Ce jeu sur la racine des mots ne viserait-il
pas à mettre en relief l'accomplissement de la promesse divine faite
au v.15 "et d'Esprit Saint il sera comblé dès le sein
de sa mère" ? Si la promesse avait été faite au
père concernant son fils, dans sa réalisation elle comblait
aussi la mère comme le fils en raison de la communion qu'ils vivaient.
Le prénom d'Elisabeth apparaît neuf fois dans ce premier chapitre
, 2 fois au début , puis sept fois à partir de la promesse
de l'ange Gabriel à Zacharie; un rapprochement est à faire
avec les coutumes qui voulaient que les serments soient confirmés
sept fois. Zacharie lui aussi a été nommé neuf fois
en tout dans cet évangile, selon un équilibre savamment respecté entre
l'homme et la femme.
42 Et elle s'exclama
d'une voix forte.
Luc réserve le terme phonê, la voix, aux humains (23,46), et kraugh,
le cri, (cri du corbeau) plutôt aux esprits démoniaques (cf
4,35,19,40, 23,21).
43 -.La mère de
mon seigneur.
Le tétragramme hébreu YHWH, rendu en grec par le substantif
o kurios = Le Seigneur, n'est jamais accompagné d'un pronom possessif
ou personnel. En s'adressant à Marie comme à la "mère
de mon seigneur", Elisabeth ne saluait pas en elle la mère du
Seigneur Dieu; le terme seigneur est à prendre ici dans son sens courant,
maître, souverain. Peut-être discernait-elle en Marie la mère
du Messie attendu, et dans la lignée de David (Michée 5,1-3),
et dans la lignée d'Aaron (Nb 25,12-13; 1M2,54; Si45,24). La formulation
du verset est à
comparer avec le v.1 du Psaume 110,1 où "mon seigneur" dit
par David s'adresse au Messie (cf. note sur Lc 21,41-44).
47 mon
esprit a exulté en Dieu;
[mon esprit a exulté à
propos de Dieu].
La préposition en est une constante dans la spiritualité lucanienne,
que ce soit la prière à l'intérieur de l'âme,
l'âme vivant en Dieu et Dieu en elle.
50 - Son amour envers
la génération des générations!
[Son amour envers des générations et des générations]
Cette expression avec un féminin singulier suivi d'un génitif
pluriel n'apparaît qu'une fois dans la Septante (où elle est
fréquente, mais toute au pluriel); elle recouvre l'hébreu dor
dorim, un masculin singulier suivi d'un masculin pluriel; cette expression
se rencontre trois fois dans la Bible hébraïque (où ,
par ailleurs elle est très présente, mais au féminin
dor dorot):
Psaume 102 (Septante 101), v.25 :
"Mon Dieu ne m'enlève pas au milieu de mes jours! Dans la génération
des générations, Tes années". Cette génération
au singulier, semble désigner la génération à venir,
qui risquerait de ne pas être si les jours du psalmiste
étaient réduits de moitié, le psalmiste se faisant ici
l'écho du peuple dans son entier. Cette génération serait
celle du Messie promis.
Le Psaume 72, 5 de la bible hébraïque, en est une élégie: "Qu'ils
te craignent avec le soleil et à la face de la lune, génération
des générations!" Le roi qui
était annoncé serait le fruit béni des générations.
La même expression est dans l' hébreu d'Isaïe 51,8 : "et
ton salut envers la génération des générations."
Sur les lèvres de Marie, cette génération à venir,
au singulier (un masculin en hébreu), qui pouvait-elle désigner?
N'était-ce pas le fils qu'elle portait en son sein? Ce serait l'unique
allusion faite dans le Magnificat à sa maternité nouvelle. Une
allusion, non des moindres, faite dans la langue poétique de la liturgie.
Cette génération des générations annoncçait
l'humain des humains, le Fils de l'homme en quelque sorte.
Il convient de respecter un point après générations
pour clore un paragraphe commencé dès le v.48 sur ce thème
là (il réapparaît à la fin du cantique dans cet
autre mot semence, qui est au singulier, et à propos duquel justement,
Paul apportait un développement en Ga 3,16). Un nouveau paragraphe
commence alors sur ce que réalise le Seigneur pour ceux qui le craignent:
il jette des puissants de leur trône,
élève des humiliés, etc. Cette action ne serait pas à lire
comme un absolu, mais comme un agir de Dieu envers ceux qui le craignent;
pour celui qui le craint, Dieu anéantit des puissances qui à l'intérieur
de son âme
étouffent l' humanité.
Bibliogr.: R. Buth, Hebrew poetics tenses and the Magnificat, dans Journal
for the study of the New Testament, Sheffield, 1984, 21, p.67-83.
59 -*[dans] le jour le huitième.
Le codex de Bèze n'a pas la préposition dans ; avec le seul
datif il donne une date précise, le huitième jour après
la naissance de l'enfant; avec l' article devant le chiffre huit, il suit
ici strictement la Septante sur Lv 12,3, qui s'applique au rituel liturgique
des huit jours prescrits pour la circoncision. Aussi la préposition
dans apparaît-elle comme une surcharge.
60 - Il sera appelé de
son nom Jean.
[Il sera appelé Jean]
Redondance visant à mettre en relief la spécificité du
nom Jean, qui signifie en hébreu grâcié de Dieu . Jean
recevait son nom ( le terme est alors à l'accusatif) de sa vocation
particulière, à la différence de ce nom patriarcal (au
datif) communiqué de père en fils; Cette différentiation
entre l'accusatif et le datif est propre
à Luc dans le codex Bezae ( cf
note sur 24,17).
Bibliogr.: G. Mussies, Comment on choisissait le nom de l'enfant dans l'Antiquité.
L'arrière plan historique de Luc 1, 59-63, dans Nederlands Theologisch
Tidschrift, 1988, 42-2, p.114-25.
63 -Il écrivit "Jean
est le nom de lui" -64 - et aussitôt sa langue fut déliée.
Aussi tous s'étonnèrent. Alors sa bouche fut ouverte ... [63
-Jean est un nom de lui; et tous s'étonnèrent; 64 - alors sa
bouche fut ouverte aussitôt, et sa langue, et il parlait ...]
En donnant le nom de son fils, Zacharie écrivait étymologiquement: “YHW
fait grâce”, rendant plus sensible que dans la vocalisation, la
présence divine dans le nom Jean. L'entourage fut dans un étonnement
admiratif de ce qu’ils lisaient sur la tablette d’autant qu’au
même moment, sa langue se déliant, Zacharie retrouva l’usage
de la parole. La refonte du verset donnait à entendre que Zacharie avait énoncé le
nom de son fils au moment où il l’écrivait.
- Et aussitôt: l’adverbe grec παραχρῆμα
indique la coïncidence ou la simulltanéité de deux actions
qui, survenues en même temps, sont considérées comme
un signe; παραχρῆμα accompagne l’intervention divine arrivant de manière
impromptue et terrifiante (Is 29:5, 48:3). Luc aurait repris consciemment
cet adverbe pour l’adapter à son évangile et manifester
l’infléchissement de l’intervention divine vers la grâce,
tant dans ce tout
premier épisode qu’ à travers les guérisons intervenues
suite à une parole ou un geste de Jésus18 Ici , l’adverbe
souligne le moment où, confirmant le nom de Jean, Zacharie retrouvait
la parole selon le signe donné par l’Ange en 1:20.
- Le nom de lui : la présence de l'article ne laisse pas de possibilité à un
second nom dont Jean aurait pu bénéficier parallèlement
selon l'usage, un homme recevait jusqu'à trois noms: celui donné par
son père et sa mère, celui donné par les autres gens -
son surnom- et celui prédestiné par les Cieux
(cf Commentaire du Midrash Rabbah sur Ecclesiaste, 7:3). Le nom donné
par sa mère et confirmé par son père rejoignait sa vocation à
manifester que “YH fait grâce”. Son surnom “Le Baptiste” lui
fut donné
par ses disciples (cf Lc 7,20).
66 - Dans leurs coeurs.
Un pluriel dû à un septantisme (cf. Ps 22,27) et qui revient en
5,21D
68 - Il a visité et
fait un rachat pour son peuple.
Visiter signifie également dénombrer; lors des dénombrements
du peuple, chaque Israélite devait
"racheter" sa vie en payant une taxe. Dans son cantique, Zacharie
remerciait Dieu qui avait accompli lui-même ce rachat. Faut-il penser
que le recensement, dont il est question en 2,2, n'aurait
été accompagné d'acun prélèvement obligatoire
comme le prévoyait la Loi? (cf Ex 30,12).
76-78- Tu marcheras
en avant devant la face du Seigneur...grâce aux entrailles d'amour
de notre Dieu dans lesquelles nous a visités...
[ Tu marcheras en avant devant le Seigneur...grâce aux entrailles d'amour
de notre Dieu dans lesquelles il nous visitera]
Le petit enfant Jean , était appelé à passer devant,
ou en avant de la face du Seigneur. La face du Seigneur qu'on ne pouvait
pas voir (Ex 33,23), et qui se dressait contre le méchant (Ps34(35)17);
la face de Dieu que Jacob néanmoins estimait avoir affrontée
(Ex33,10), la face du Seigneur que l'on prie dans le Sanctuaire (1S1,22,
2,18...). La face du Seigneur serait ici une prophétie sur la personne
de Jésus annonçant les versets 7,27 et 9,51.
Il nous a visités, comme au v.68 le verbe est au passé. Exaltant
les entrailles d'amour, Zacharie ne faisait-il pas allusion à la naissance
de son fils Jean et à Jésus déjà présent
dans le sein de Marie? Dieu ne les avait-ils pas visités dans les
entrailles maternelles? Par contre avec le verbe au futur, Il nous visitera
, la pensée s'oriente vers une manifestation promise pour l'avenir.
Bibliogr.: F. Manns, Une prière juive reprise en Luc 1,68-69, dans
Ephemerides Liturgicae 1992, 106-2, p.162-66. L'auteur établit un
parrallèle avec le Shemone Esre dans la version babylonienne, plus
longue que la version palestinienne. Proximité par rapport au milieu
hébraïque notamment liturgique. Dans le même sens, M. Fishbane,
form and reformulation of the biblical priestly blessing (Nb 6, 23-27), dans
Journal of the American Oriental Society, New Haven, 1983, 103-1, p.115-21.
78 - 79 - Orient d'en
Haut pour apparaître lumière.
L'hébreu
tzémah ,
souvent traduit un peu maladroitement par germe ou rejeton, a été rendu
en grec par ἀνατολὴ, une image du soleil levant (l'Orient), notamment dans
le livre du prophète Zacharie où ἀνατολὴ est un attribut
du Messie (Za 6,12-13) ; le grand-prêtre Josué (en grec Ihsou)
y est lui-même cet ἀνατολὴ , celui que Dieu fait sortir (germer)
, s'élever d'entre les hommes comme son Messie. Au moment où il
allait être sacré roi, il n'était pas seul , mais assisté d'un
autre prêtre; et tous deux témoignaient, entre eux,d'une
entente pacifique (shalom). L'allusion à
l'ἀνατολὴ,
faite dans son cantique, par Zacharie le père de Jean Baptiste, est
riche de ces différents sens. Dans le codex de Bèze cet ἀνατολὴ
est renforcé par la beauté de φῶς la lumière. Or le grec
φῶς au nominatif, a deux significations : la lumière d'une part, l'humain
d'autre part qui est un synonyme d'ἀνθρώπος.