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Telle qu'elle a été transmise par Luc, selon le codex Vaticanus (B), P75 , א, f1, 700, Sys , Vg, Origène, (Marcion), la prière au Père, ne comprend que cinq demandes sur les 7 de la prière liturgique:
. Le passage de l'état court à l'état long trouve explication dans le classement chronologique des manuscrits.
Se reporter à la critique textuelle en fin de chapitre.
Adresse :
Notre Père, celui dans
les cieux:
- Cette adresse complémentaire devait permettre de LE diffencier de "notre père Abraham" (cf Jn8,53, R4:12) ou bien de "notre père Jacob”(Jn 4:12). Il était nécessaire, pour les disciples, de marquer la différence.
Selon Luc 2,49, Jésus à douze ans reconnaissant en Dieu son propre Père, il était logique que dans sa prière il se soit adressé à lui directement et simplement comme “Père”, sans autre précision.
- “Notre Père" est dans les 5ème et 6ème des "Dix-huit bénédictions", cette prière Juive créée après la destruction du second temple, en substitution des sacrifices. La douzième demande introduite à Yavné était une malédiction à l'intention des Nozrim, les Chrétiens, de manière à les exclure des synagogues. Cette prière des 19 bénédictions ou Shmone Esre se ressent de l'influence chrétienne.
- Le vocatif “Père” sans le pronom personnel “notre”, est cohérent avec l'ensemble de l'évangile de Luc; dans le codex Cantabrigiensis le pronom n'accompagne le nom du Père que deux fois. Son abandon par Jésus manifestait qu'il n'y avait pas possession dans la relation du Père et du Fils mais connaissance mutuelle (Luc 10:22) .
- “Notre Père” était le nom donné par les légionnaires romains à leur dieu devenu le dieu des empereurs.
cf. Les sources romaines de l'évangile de Matthieu.
Celui dans les cieux ( ὁ ἐν τοῖς
οὐρανοῖς ) : Dieu habiterait-il dans les cieux?
- Par analogie avec le don de la manne tombée du ciel, Jésus avait dit :
"combien
plus le Père, lui, du ciel, [ὁ πατὴρ ὁ ἐξ
οὐρανοῦ,] donnera-t-il un
bon don à ceux qui lui demandent !” Luc 11:13
Marc s'est servi de cette expression qu'il lisait en Luc pour former:
“votre père, lui dans les cieux” [ὁ πατὴρ ὑμῶν ὁ ἐν τοῖς οὐρανοῖς : ].
“Quand vous priez, si vous avez quoi que ce soit contre quelqu'un, pardonnez-lui, pour que votre Père, lui dans les cieux, vous pardonne, lui aussi, vos fautes. 26 Mais si vous ne pardonnez pas, votre Père, lui dans les cieux, ne vous pardonnera pas non plus vos fautes". Mc 11:25-26 .
- Matthieu a repris cette formulation près de quinze fois et notamment dans la prière au Père qu'il a par ailleurs qualifié de “céleste” (Mt 6:14,26,32; 15:13).
- Ignorée de la Bible l'expression se rencontre dans la prière du Qaddish à la strophe 3:"Que les prières et supplications de tout Israël soient accueillies par leur Père qui est aux cieux ”. Le verbe être est présent dans le texte Araméen alors qu'il n'est pas dans la formulation grecque de Marc. Bien qu'elle ne contienne pas d'allusion à la destruction du temple, cette prière semble remonter à la même époque que les dix-huit bénédictions et présenter elle aussi une influence chrétienne .
Que ton Nom soit sanctifié
La sanctification du Nom est la demande la plus élevée. Elle est une réponse à Lev 22,32:
"Vous ne profanerez pas mon Saint Nom et je serai sanctifié au milieu des enfants d'Israël, moi le Seigneur qui vous sanctifie”.
Elle a pour parallèles Isaïe 29,23, Ézéchiel 36:20-23.
Elle fait partie intégrante de la prière juive du Qaddish:
«Magnifié et sanctifié soit le Grand Nom dans le monde qu'Il a créé selon Sa volonté, et puisse-t-Il établir Son royaume de votre vivant et de vos jours et [des jours] de toute la Maison d'Israël promptement et dans un temps proche; et dites Amen».
Pour la sanctification du Nom les fils d'Israël n'épargnent pas leur propre vie.
Jésus a sancifié le Nom jusqu'à son dernier souffle criant de manière à être entendu: "Père en tes mains je remets ma vie".
Dans le Qaddish non plus il n'est pas dit “par qui” doit être sanctifié le Nom. Les deux réponses qui s'offrent sont complémentaires et non opposables:
-
par Dieu lui-même qui dit en Ezéchiel 36:23: “ je sanctifierai mon grand nom“
- et par le peuple tout entier.
Dans la prière de Jésus le Nom revêt deux sens:
- celui de “Père”; la sanctification regarde la paternité divine: Dieu se sanctifie lui-même dans sa paternité et il est sanctifié par ceux qui deviennent ses fils et filles.
- celui de YHWH, le tétragrame saint. Ce à quoi fait directement référence le qaddish qui ne parle du père que dans la strophe 3.
Sur nous que vienne ta
royauté!
[Que vienne ta
royauté]
L'addition “sur nous”, propre
à Luc dans le codex de Bèze, se retrouve chez
Grégoire de Nysse et chez Marcion. A comparer avec Lc3,21
et 17, 21.
Bibl.: M. Philonenko, Que ton
esprit vienne sur nous et qu'il nous purifie, Lc 11-2;
l'arrière plan Qumrânien d'une variante lucanienne du
Notre Père, dans Revue d'Histoire et de Philosophie
religieuse, 1995, 75-1, p.61-66.
Qu'advienne ta volonté
comme dans le ciel aussi sur la terre [...]
Une demande qui n'est pas dans le Vaticanus B, P75, L, f1.
La mention du ciel rappelle celle de l'addition "Notre Père qui dans les cieux”. Par l'insertion de comme, était corrigé ce que le Notre Père de Matthieu dans ce
même codex de Bèze et les manuscrits affiliés, pouvait avoir de déconcertant
:
Qu'advienne ta volonté
dans le ciel et sur la terre.Mt6:10 ( D* ita itb itc itk copbo, Tertullien Cyprien).
Comment la volonté du Père n'y était-elle pas encore accomplie? En
écrivant “comme au ciel”, la
difficulté disparaissait et la question ne se posait plus;
le ciel devenait un modèle pour la terre. Dans la suite, en
Matthieu, on respecta le correctif apporté ici en Luc.
Accomplir la volonté de Dieu
était l'orientation Matthéenne, liée à
un souci pédagogique au sein de la communauté qui
s'édifiait (cf Mt 5,16; 7,21 ; 12,50; 26,39,42). Cette
phrase servait d'articulation entre le monde des cieux et le monde
pécheur d'en-bas.
3
- notre pain , l"épiousion"
, donne nous aujourd'hui.
[notre pain
"l'épiousion", donne nous chaque jour]
Alors qu'on harmonisait la
prière au Père , il n'a pas paru nécessaire
aux scribes de changer le terme τὸν ἐπιούσιον , un hapax pour lequel il n'y a pas de traduction assurée.
Le rapprochement proposé avec les Proverbes 30:8 “Ne me donne ni
l’indigence ni la richesse. Donne-moi pour viatique ma part de pain” (trad A Chouraqui),
est assez probant car la forme grammaticale du verbe hébreu n’est pas moins rare que
l’adjectif par lequel il fut rendu en grec.
-
Le verbe hébreu signfie littéralement dévorer, mettre en pièce . Son emploi dans les Proverbes, au hipphile הַ֝טְרִיפֵ֗נִי incline son sens vers: nourrir, donner la nourriture nécessaire pour vivre.
- Le traducteur Grec a rendu l'expression par: δέ μοι τὰ δέοντα καὶ τὰ αὐτάρκη: donne moi les choses nécessaires (dont j'ai besoin) et suffisantes (qui se suffisent à elles-mêmes).
Luc a préféré créer un hapax. Il s'est servi ailleurs de la racine ούσια (en 15,12), pour le partage des biens-fonds qu'un fils
réclamait de son père; cette fortune constituant la
substance même de l'héritage, se différenciait
de l'usufruit (cf note sur 15,13). Dans cette prière
où la requête est également
présentée par le fils au Père, il peut ne pas
être illégitime de rapprocher ἐπιούσιον
d'ούσια,
et d'entrevoir sous l'adjectif substantivé un pain plus que
substantiel, la nourriture fondamentale. Origène proposait
de voir dans ἐπιούσιον un participe formé à l'image de l'hapax qu'il avait
rencontré en Ex 19,6 :
"vous serez pour moi un peuple πἐρι-ούσιος" , c'est-à-dire participant de la
substance divine.
Une relecture du papyrus de la Beneicke Library de Yale , (Sammelbuch Agypten_ 1.5224:20) à partir
duquel le sens de “diaria” ou "ration quotidienne" avait été
donné à ἐπιούσιον, a permis d'identifier en lieu et place d “ἐπιούσιος” ἔλαiου ou “d'huile”.
Le rapprochement avec l'expression fréquente chez les auteurs classiques “ἡ
ἐπιούσα ἡμέρα” signifiant “le jour qui vient” n'est pas convainquant car ούσα n'est pas ούσια.( C
Hemer "Epiousos" dans Journal for the Study of the New
Testament Sheffield 1984/22 p81-94 )
Quoi qu'il en soit l'hapax a pour
fonction d'interroger, et les paraboles qui font suite pourraient
en être l'explicitation, notamment au v .13 dans la
leçon du codex de Bèze.
Dans le texte initial de Luc,
δὸς “donne”, seul verbe à l'impératif
présent, indique un commandement qui se
répète, à la différence de l'aoriste
qui exprime un ordre momentané. Ce temps s'accorde bien
avec le fait d'avoir à redire la demande chaque jour.
4 -Et libère-nous de nos
dettes
[ et remets-nous nos
péchés]
Cette expression serait typiquement
araméenne. Matthieu semblait en tous cas plus
interpellé par la remise des dettes que par le pardon des
péchés.
- Et ne nous introduis pas en
épreuve
Jean
Carmignac en s’appuyant sur la langue
hébraïque et la formation verbale du hiphile
proposait de lire: “Et fais que nous n’entrions pas
en tentation”, lecture que semble confirmer un document de
Qumrân: Ne laisse pas dominer sur moi Satan ou un
esprit impur .{“al tashlet bi satan veruah
tum’ah” 11QPsa Plea, Col. XIX, cf Bad Young op.cit.]
11-Quel fils, d'entre vous, au
père demandera...;
[à quel père
d'entre vous le fils demandera...]
L'interrogation à propos du
fils (quel fils d'entre vous) est dans la ligne de la
prière au Père. La phrase a été
remodelée pour une
harmonie avec le v13.
lui remettra-t-il une
pierre?
[...]
La question absente de plusieurs
manuscrits, tient d'une harmonisation avec
Matthieu.
12
Et alors même qu'il lui
demanderait un oeuf, lui donnera -t-il un
scorpion?
Ean
commande le subjonctif dans la langue classique; c'est pourquoi
l'indicatif futur aithsei
a été remplacé par le subjonctif dans
plusieurs manuscrits dont P45
13 Le Père, lui, depuis le
ciel, donnera un bon don.
(D itb itc itd itff2 iti itl itr1 (eth add πνεύματος ἁγίου) ; δόματα ἀγαθὰ Θ (ita2) Diatessaron
[Le Père, lui, du
ciel, donnera l'Esprit Saint] .
Le bon don se lit
déjà en Si 18,17 :
“
ne voici pas une parole
au-dessus du bon don? Et les deux ensemble chez l'homme
comblé de grâce". Ce dernier qualificatif
rappelle Lc 1,28, dans la grâce conférée
à Marie à l'Annonciation. Le bon don n'est pas
purement matériel; sa teneur est celle que laissent
entrevoir les images ou paraboles employées par
Jésus dans les versets précédents. Ce bon don est donné du ciel par le
Père. Sous une autre
forme était reprise la demande de la prière au
Père : donne nous chaque jour le pain "l'épiousion".
Le pain sur-substantiel est un bon don à demander au
Père qui le donnera “du ciel” ; c'était une manière de
conférer à la substance de ce don un
caractère spirituel.
On lit ailleurs (P45, L)
“le bon esprit”. Du bon don au bon esprit il n'y avait qu'un pas
à franchir pour parvenir à l'Esprit Saint , ce qui a
été retenu par le texte consensuel.
20 - Or si moi, dans le doigt de
Dieu, j'expulse les démons, c'est donc que la
royauté de Dieu a pris le pas sur vous.
[ Or si dans le doigt de
Dieu, moi j'expulse...]
L'insertion du pronom "moi" en
début de phrase tendrait à positionner Jésus
comme le doigt même de Dieu. Cette dénomination
rappelle la troisième plaie lancée par Moïse
contre l'Egypte; au moment de l'infestation des mouches,
les magiciens égyptiens reconnurent en Moïse un
émissaire divin et s'écrièrent : "doigt de
Dieu, lui!" (Ex 8,15). Aussi , soupçonné par
certains de chasser les démons au nom de
Béelzéboul - qui signifie précisément
"dieu des mouches" - Jésus fit une allusion au signe
correspondant du livre de l'Exode; si les mages égyptiens
avaient reconnu en Moïse "le doigt de Dieu", à plus
forte raison ses détracteurs n'allaient-il pas, quant
à eux, prendre conscience du signe qui leur était
donné? Signe qui devenait menaçant, la
royauté de Dieu prenant le pas sur eux jusqu'à
disperser leurs dépouilles (v.22). Une autre allusion aux
signes de Moïse se lit en 6,10.
Loin de cette lecture, Matthieu
(12,28) parlait de l'esprit de Dieu et non du doigt de Dieu, ce
qui eut des répercussions sur l'interprétation du
dialogue.
24 - dia twn *(an)udrwn
topwn = A travers les lieux de serpents de mer, au lieu de à travers les lieux arides
Erreur
de scribe? Udrwn génitif pluriel masculin ou
féminIn, désigne un serpent d'eau comme l'hydre.
31 - * [ au
jugement ].
harmonisation sur Mt 12,42. Le
jugement dernier est étranger à la pensée de
Luc
32 - ***
[ des hommes ninivites
se lèveront lors du jugement avec cette
génération et la condamneront parce qu'ils se
convertirent à la proclamation de Jonas, et voici plus que
Jonas ici!] .
Le verset 32 est absent du codex Cantabrigiensis. C'est une addition visant à harmoniser Luc sur Mt 12,41; le jour
du Jugement, thème matthéen déjà
présent dans son verset sur la reine du Midi, fut repris
ensuite dans les autres manuscrits de Luc; la prédication,
kérygme, terme plutôt paulinien, vient de Jonas
3,2.
Voici plus que Jonas ici!
l'expression fait pendant au verset 31, voici plus que Salomon
ici! Salomon, jouissait d'une renommée " pour le Nom du
Seigneur" (1R10,1);mais il sacrifiait aux divinités de ses
épouses. Dès lors, que Jésus se soit
élevé au dessus de sa légendaire sagesse
n'est pas pour surprendre. Il n'en va pas de même avec Jonas
: "La parole du Seigneur fut adressée une seconde fois
à Jonas: lève-toi, va à Ninive la grande
ville et profère contre elle l'oracle que je te
communiquerai" (Jon 3,1-2). Puisque Jonas disait la parole
même de Dieu, comment Jésus, sans contradiction,
pouvait-il s'élever au-dessus d'elle en disant "voici plus que Jonas ici“? Il convient de
remarquer que cette difficulté est absente du texte
lucanien du codex de Bèze.
35 -si donc la lumière, celle
en toi est ténèbre, quelles ténèbres!
[Examine donc si la
lumière qui est en toi n'est pas
ténèbre].
Interpolation de Mt
6,23.
36 - *** : D, it, P3 P4 P7 P42 P69 P82 P97 P111
[ si
donc ton corps entier lumineux n'ayant pas de partie
ténébreuse, il sera tout entier lumineux comme
lorsque la lampe t'illumine de son éclat].
Ce verset absent du codex Bezae de l'Itala et de nombreux papyrii n'a pas de parallèle chez Matthieu. Ce verset surenchérit à ce qui précède de manière positive.
37 - Or un certain pharisien le
sollicita afin qu'il prenne son repas avec lui.
[Comme il parlait, un
pharisien le requit de manière à ce qu'il prenne son
repas chez lui].
Le verbe deomai
est insistant; c'est le verbe de la prière; le pharisien
dut solliciter, prier Jésus pour qu'il consente à
venir dîner chez lui. Pourquoi Jésus fut-il
réticent à accepter? Peut-être redoutait-il
d'avoir à dire les paroles qu'il n'allait pas pouvoir
taire.
Cette phrase d'introduction fut
reformulée ensuite sur l'exemple de 7,36.
39 - upokritai,Hypocrites![...]
Dans le grec l'hypocrite est avant
tout un interprète, un acteur. Dans le langage religieux, il
caractérise celui qui distribue les oracles et
déchiffre les songes. En contexte hébraïque ce
sera l' interprète de la Loi (cf. Lc 13,15), sinon, celui
qui lit les signes (12,56) ou prétend voir pour les autres
(6,42). En langage familier l'hypocrite est plutôt le
comédien qui interprète son rôle
théâtral qu'il déclame; de là on en est
venu au sens figuré du fourbe, dissimulé. Cette
orientation surtout matthéenne (cf Mt
23,13,15,23,25,27,29), a pu être introduite ici par un
scribe.
40 - Celui ayant fait
l'intérieur, n'a-t'il pas fait aussi l'extérieur ?
[Celui qui a fait
l'extérieur n'a-t-il pas fait aussi
l'intérieur?]Employé comme sujet en
tête de phrase, le démonstratif o
= celui-ci,
désigne un nom qui n'était pas sujet dans la phrase
précédente. Jésus ne se désignait-il
pas lui-même comme en 7,28?. Se gardant pur en son coeur, il
ne lui était pas nécessaire de se purifier
symboliquement en aspergeant son corps. L'inversion dans les
autres manuscrits des termes intérieur-extérieur a
conduit certains traducteurs (cf Tob, FC) à identifier le
démonstratif o,
à Dieu même, le créateur de l'enveloppe
charnelle et de la nature spirituelle des humains. La sentence en
devient compliquée, elle qui est sobre dans le codex de
Bèze. D'autres ont pensé que Jésus invitait
son hôte pharisien à se rendre aussi pur
intérieurement qu'il le prétendait de sa conduite
extérieure (cf Mt23,26).
Celui qui a fait l'intérieur
: si Jésus parlait de lui-même, devrait-on comprendre
qu'il avait travaillé à sa purification? Oui dans la
mesure ou sa sainteté et sa pureté originelle ne
l'avaient pas dispensé de la lutte contre les tentations
(cf 4,1-13).
42 - * [ or il
fallait faire ceci et ne pas négliger cela].
Supplément s'harmonisant sur
Mt 23,23 où le reproche aux pharisiens
dénonçait la négligence des principaux
commandements au profit des plus petits. En Luc Jésus
dénonçait abruptement cette observance religieuse
par laquelle on se justifie tout en passant à
côté de l'important.<
43 - Et les premiers lits dans les
dîners
[...]
Interpolation de Mt 23,6 .
46 -De l'un de vos doigts vous ne
touchez à eux.
D'un seul de vos doigts peut-on
penser; à moins que ne soit en cause l'index, le doigt le
plus utilisé, notamment pour l'écriture. Et le
légiste qui émet préceptes et lois, fardeaux
impossibles à porter, n'a même pas à effleurer
la page des rouleaux de codification, puisque ce travail est
accompli par les scribes.
49 - C'est pourquoi , j'envoie vers
eux des prophètes.
[C'est pourquoi la sagesse
de Dieu a dit aussi, j'envoie contre eux des
prophètes].
Avec "j'envoie", l'action
était énoncée par Jésus au
présent; toutefois elle concernait un fait du temps jadis
que Jésus en personne disait accomplir de lui-même
(même phrase en Matthieu 23,34, mais au futur, et relue dans
son contexte). Cet impact du Je, très fort en d'autres
endroits du codex de Bèze (4,18; 17,10; 19,46) a
été censuré dans les autres témoins
scripturaires où l' envoi de prophètes a
été référé à la sagesse
de Dieu; Mais cette phrase obscure du codex Bezae faisait
directement référence au prêtre Zacharie en
2Chr 24,19-22 tué par les courtisans sur ordre du roi. Y
aurait-il dans ces paroles de Jésus une allusion
souterraine au meurtre du Baptiste?
50 Afin que soit demandé
compte du sang de tous les prophètes qui fut versé depuis la fondation du monde jusqu'à cette génération là -51
- depuis le sang d'Abel jusqu'au sang de Zacharie fils de Barachie
qu'ils tuèrent entre l'autel et le sanctuaire. Oui je vous
dis, il sera demandé compte depuis cette
génération là!
[Afin que soit
demandé compte du sang de tous les prophètes ayant
été versé depuis la fondation du monde depuis
cette génération là -51 - depuis le sang
d'Abel jusqu'au sang de Zacharie qui a péri entre l'autel
et la Maison. Oui je vous dis, il sera demandé compte
depuis cette génération
là!]
De quelle génération
était-il question au v.50? Deux réponses sont
à envisager:
- Comme le participe sur le sang
versé est à l'aoriste, c'est à la
génération du passé, celle des pères
entrevue au v.47, qu'il allait être demandé compte du
sang innocent; l'une des générations de ces
pères avait tué Zacharie, nommé au v.51,
prêtre, fils de Yéhoyada , en le lapidant dans le
Temple. Avant d'expirer il avait fait cette prière: "que
le Seigneur voie, et qu'il demande compte!" (2Chr 24,22).
Jésus le prenait dès lors comme point de
focalisation, d'autant qu'il était le dernier
prophète martyrisé mentionné par la Bible
hébraïque; il allait être demandé compte
jusqu'à sa génération des prophètes
assassinés jusqu'à lui. Et à partir de lui,
c'est aux générations venant après lui qu'il
allait être demandé compte du sang des
prophètes assassinés; en effet le v.51 reprend: Oui
je vous dis, il sera demandé compte depuis cette
génération là! . C'est ainsi que pourraient
se comprendre ces deux versets un peu obscurs.
- Autre lecture: Soit la
génération mauvaise en quête de signe
évoquée au v. 29, la génération
même de Jésus. C'est ce qui fut compris avec la
retouche au texte initial (apo
au v.50 à la place de eôs
); selon cette lecture, il serait demandé compte, par la
Sagesse divine à la génération de
Jésus, du sang de tous les prophètes dont le sang
avait été versé depuis la création du
monde. Cette pensée était inspirée de
Matthieu (23,35) selon qui le sang versé depuis Abel allait
retomber sur la génération de Jésus. Mais ce
désir de vengeance ne tenant pas compte de
l'élémentaire respect de la justice, la
première lecture n'est-elle pas préférable
à la seconde ?
Le texte de Luc dans le codex de
Bèze a été chargé de la malheureuse
confusion commise par Matthieu entre le grand prophète
Zacharie fils de Barachie (Za 1,1) et le prêtre
assassiné, Zacharie fils de Yéhoyada (2Chr24,20).
Elle ne s'est heureusement pas répercutée dans les
autres manuscrits.
52 - Vous subtilisez (cachez pour
soustraire) la clé de la conaissance.
[Vous ôtez la
clé de la connaissance]
Il s'agirait d'une action
consciente, plus que la conséquence d'une attitude
involontaire voire inconsciente. Ce réalisme de la
réflexion, dans la ligne des Prophètes,
découvre l'obscurité des intentions et refuse les
fausses culpabilités. Il a pu être ressenti comme un
anti-judaïsme
Bibliogr. : Eldon Jay EPP, The
theological tendancy of codex Bezae in Acts, Cambridge, 1966.
53 - 54 -Or en leur disant cela devant
tout le peuple, ils commencèrent - les pharisiens et les
légistes - à en "avoir terriblement" et à se
confronter à lui sur de nombreux (points) , cherchant
à tirer de lui un prétexte quelconque pour trouver
à l'accuser.De nombreuses foules, alors,
cernant tout autour, au point que les uns et les autres
suffoquaient...
[Etant sorti de là,
les scribes et les pharisiens commençèrent à
avoir terriblement et à l'interroger sur beaucoup, lui
tendant des pièges pour surprendre quelque chose de sa
bouche. Alors, comme se rassemblaient des myriades de
foules...]
Pharisiens et légistes
forment logiquement le sujet de la première phrase, puisque
Jésus venait de s'adresser aux uns puis aux autres , tandis
que les scribes n'étaient pas directement en cause - ce
dont les autres témoins scripturaires n'ont pas tenu
compte. Vertement repris par Jésus, ils espéraient
en sondant ses paroles, trouver une répartie pour se
justifier, car Jésus les avait invectivés en public
devant tout le peuple, attirant des myriades de foules. Si cette
dispute se raccrochait à la remarque personnelle d'un
pharisien sur les ablutions rituelles (v.37), elle la
dépassait de beaucoup puisque l'invective était
adressée aux pharisiens dans leur ensemble et aux
légistes, non à un homme en particulier.
Il semble que ce délicat
enchaînement des faits ait motivé une nouvelle
formulation des versets. Celle-ci n'a su éviter la
contradiction car dans les versets suivants Jésus
cerné par la foule aurait choisi ce moment là pour
parler en privé à ses disciples. Difficile
cohérence de la chronologie avec cette succession de faits
qui ne s'emboîtent pas vraiment les uns dans les
autres.