16 - L'ayant donc châtié je le libèrerai
παιδε?σας est un terme générique qui signifie éduquer au sens premier, punir au sens second ; En 1 Rois 12:11 et 14 (idem 2Chr 10:11&14) le terme est employé avec ?ν μ?στιγξιν , pour punir par les fouets. Marc, suivi par Matthieu a eu recours à un mot latin à peine grécisé φλαγ?λλοσας du latin flagellum, corrigé ensuite en φραγ?λλοσας. Il n'a pas tiré l'information d'uen comparaison de Luc et de la LXX, mais vraisemblablement il avait eu connaissance de la flagellaltion du Christ par les Romains et il a eu recours àleur terme. Il semble que Pilate, au v 20, Pilate ait mis la menace a exécution en faisant flageller Jésus. Le cri des plaignants s'amplifiant, alors que Jésus n'était pas mort sous les 60 coups dénombrés sur le linceul, Pilate décida sa crucifixion.
17 -19-
Or il y avait nécessité de leur libérer selon la fête quelqu’un.
Une phrase que partie des manuscrits quand ils l’ont
retenue ont placée à la fin du v. 16, où elle ne
donne ni excuse, ni explication à l’attitude
de Pilate. Tandis qu’en fin de ce verset 19, elle
correspond à l’attente de la foule qui avait, peu
auparavant, fomenté une émeute; à nouveau, elle
faisait pression sur Pilate à l’occasion de la fête
en lui demandant la libération de Barrabas. Or anagkê, la
nécessité, la contrainte, a été
interprétée dans les parallèles comme une coutume
de grâce à laquelle devait se plier le préfet
romain aux jours de fête.
21 - Eux crièrent alors.
Un verbe évoquant le cri des démons cf 4,35
22 - Aucune raison de mort je ne trouve en lui.
[ aucun motif de mort je n’ai trouvé en lui.]
L’interrogeant Pilate n’avait retenu aucun motif
d’accusation terme de jurisprudence, v.14), et au moment de le
juger, il affirmait ne trouver en lui aucune raison (aitia) de mort. Le
verbe trouver est au présent, non à
l’aoriste, Pilate émettant alors une parole de jugement,
avant de prendre la décision définitive au v.24. On ne
pouvait l’ inculper de ne pas respecter le droit romain mais de
se retrancher derrière lui...
Luc de même que Jean , mais à la différence des deux autres
synoptiques, a énoncé l'innocence du condamné, sans laquelle Jésus devient bouc-émissaire comme dans les mythes.
Donc l’ayant châtié, je le libèrerai:
selon
Jean, Jésus fut flagellé avant que sentence ne
fût rendue; selon Marc et Matthieu ce ne fut
qu’après, ce qui est contradictoire avec le droit
romain
qui n'infligeait pas deux châtiments au condamné.
Le
linceul de Turin témoigne que Jésus eût
à
résister à 120 coups de fouets. Il n'aurait pas
dû
en réchapper. Le récit de Luc permet de comprendre que
la flagellation intervint alors que la
foule et les grands-prêtres
renforçaientt leurs cris (Lc23:23 D). La flagellation morale
renforçait la flagellation physique. Devant la résistance
du
supplicié Pilate revenant sur son premier jugement, rendit
sa
sentence de mort.
Jésus avait été renvoyé d’une
instance à une autre, aucune des autorités
compétentes ne voulant le juger, si bien qu'il finit par
être traîné devant le tribunal du peuple,
convoqué avec les chefs par Pilate , pour tenir lieu de
jurés dans un procès au cours duquel le préfet
romain ne cessa de proclamer l’ innocence du prévenu
avant de le condamner à mort. Cela faisait partie d'un jeu de
dérision qui, tout en respectant les institutions et le
droit romain, visait à faire perdre sa dignité au
condamné. Jésus fut avili dans son
intégrité non seulement physique par des sévices,
mais aussi morale. Le stratagème de le faire condamner par
le peuple qui l'avait jusque là suivi, réussissait.
Ils réclamèrent alors la libération de l’
émeutier-meurtrier - qui de plus portait le nom de
Barabbas signifiant Fils du Père , ajoutant
à l'humiliation recherchée. Pilate se voyait dans la
nécessité de leur libérer quelqu’un,
afin de prévenir une nouvelle émeute en ces jours
festifs. Mais la libération de l’un n’impliquait en
rien la condamnation de l’autre et Pilate n’était
pas assez innocent pour s’être simplement laissé
piéger. En interrogeant les jurés à trois reprises
il donnait l’impression de respecter le droit romain pour le
proscrire la minute suivante. Somme toute ce procès qui
respectait les institutions tenait de la parodie. Luc rapportait les
faits dans leur crudité, mais de manière assez sobre pour
ne pas se rendre complice du meurtre.
Si Jésus était mort sous les fouets, Pilate
n'aurait pas eu à rendre sentence. Que deux
châtiments aient été imposés
successivement au condamné met en cause sa loyauté de juge.
Comparativement dans le récit de Marc paraît manifeste la
volonté d'atténuer ces aspects sombres ou scabreux.
Selon lui, il n’y aurait pas eu de réel procès,
Pilate se contentant de satisfaire en un jour de fête à la
foule qui, venue de son propre mouvement, ne constituait pas une
instance légale mais une force de pression. L’idée
d’invoquer le jour de la Pâque pour demander une
libération était vue comme une coutume à
laquelle le gouvernant en place était tenu de se plier.
Derrière elle, Pilate pouvait s'abriter pour s'innocenter . Mais
les documents à l'appui faisant défaut, cette pratique a
été suspectée et mise en doute.
L’idée de demander la grâce de Barabbas ne venait
pas de la foule mais des grands-prêtres qui la manipulaient et
Barabbas pour avoir été pris avec d’autres ne
portait pas à lui seul la responsabilité du meurtre qui
lui était reproché. Sa libération pouvait ainsi
paraître moins extravagante.
Tout au long Jésus semblait ne pas vouloir se défendre,
comme s’il avait souhaité que les choses se
déroulent ainsi. Il était la rançon versée
en contrepartie de la libération du premier racheté,
Barabbas, car il aurait déclaré: “le Fils de
l’homme n’est pas venu pour être servi mais pour
servir et donner sa vie en rançon pour beaucoup”. Mc
10:45. Tant et si bien que la signification de Barabbas fils du
Père a pu faire penser que Jésus prenait la place des
enfants du Père céleste pour en subir la
colère, conséquence du péché, comme si
à travers lui Dieu lui-même recevait cette
malédiction à notre place.
Antipas tenu à l'écart, Pilate abrité
derrière une coutume, le peuple manipulé,
restaient en
liste les grands-prêtres qui avaient tout
organisé. Marc avait estompé la
responsabilité de Pilate et passé sous silence
celle d'Hérode.
Matthieu renchérissait sur Marc de manière à
innocenter Pilate car celui-ci - après avoir lui-même
proposé le choix entre Jésus et Barabbas -
s'en serait remis à une puissance supérieure,
spirituelle mais anonyme, rendue présente à travers le
rêve de sa femme. Il n'était pas seulement obligé
par une coutume mais il avait à rendre compte à une
puissance invisible. Aussi pour ne pas avoir à porter la
responsabilité de la mort de Jésus, tout en donnant
satisfaction à la foule, il se lava les mains dans un geste
d’innocentement de lui-même, comme le faisaient à
l'entrée de leurs cryptes les fidèles du culte de Mithra
qui comptaient beaucoup de légionnaires dans leurs
rangs. La foule se serait alors anathématisée
en demandant que le sang de Jésus retombât non seulement
sur elle mais sur ses enfants. Matthieu qui écrivait
après les évènements de 70, cherchait à
montrer que l'attitude du peuple avait attiré sa ruine.
En atténuant la culpabilité des chefs Matthieu, comme
Marc d’ailleurs, cherchait peut-être à ne pas
provoquer de persécutions par les pouvoirs en place à son
époque. Mais Jean devait se trouver mal à l’aise
devant leur récit qui n’évitait pas la mythologie
à travers la persécution unanime qui faisait de
Jésus un bouc-émissaire. Il prêta cette idée
à Caïphe qui aurait prophétisé en ce sens.
27 - Le suivait la foule du peuple et des femmes qui .
[ une grande foule du peuple et de femmes ]
Des femmes est au nominatif pluriel, et non au génitif;
distinctes de la foule du peuple composée d'hommes, elles
suivaient Jésus en tant que pleureuses.
28 - Filles de Jéru-éru-salem .
Erreur de copiste ou complainte sur la ville sainte? Impression que renforce encore le second verbe, se lamenter .
29 - Viendront des jours .
[ Viennent des jours]
Nouvelle annonce de la ruine de Jérusalem à la suite de 20,22 et 21,6.
32 - Or ils emmenaient aussi d’autres - deux malfrats - adjoints
à lui .
[ d’autres malfrats, deux, adjoints à
lui]
En inversant les deux mots soulignés (ce à quoi peu de
manuscrits ont échappé), autres n’est plus
qu’un adjectif : Ils emmenaient aussi deux autres malfrats.
Cette traduction malencontreuse ferait de Jésus lui-même
un malfrat.
34 - Jetant un sort.
[ les sorts]
Un singulier, selon l’expression hébraïque correspondante (Ps 22,19).
*[Or Jésus disait: Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font].
Selon Hégésippe , au moment de mourir, cette parole
aurait été prononcée, par Jacques, le frère
du Seigneur, en écho à la prière d’Etienne : “Seigneur ne leur compte pas ce péché”. Elle
est absente, non seulement du codex Bezæ, mais des principaux
manuscrits sur lesquels s’appuie ordinairement le texte
consensuel; elle représente un ajout tardif et qui n’est
pas sans soulever de nombreuses questions:
-
L’inconscience constitue-t-elle une circonstance
atténuante? N’est-elle pas un obstacle
au repentir?
- Dieu aurait-il besoin de circonstances atténuantes pour accorder son pardon?
- Et de qui parlait Jésus : des gardes qui le crucifiaient, de
ceux qui avaient donné ordre de le faire, ou de ceux qui avaient
fait en sorte que cela arrive? La conscience de chacun
n’étant pas la même, le pardon les atteindrait-il
tous de la même manière? Cette phrase pose trop de
questions philosophiques sur le pardon divin pour ne pas être
maniée avec d’infinies précautions.
35a- Et le
peuple s'était tenu (là) regardant.
?ρ?ν, voir, regarder; θεορ?ν , examiner, contempler fait écho a θεωρε?? au v 48.
Le jeu de mots sous-jacent θεον ορ?ν pouvait être présent à l'esprit de l'auteur.
35 - Si fils tu es de Dieu, si messie tu es, l’élu.
[ Si celui-ci est le messie de Dieu,l’élu]
La phrase est au style direct. L’élu , non plus un
participe parfait de la voix moyenne comme en 9,35, mais un
adjectif. Les trois termes ensemble renvoient au
messie sacerdotal, le grand-prêtre qui a reçu
l’onction.
37 - Salut le roi des
juifs!
[ Si toi tu es le roi des
Juifs, sauve-toi toi-même! ]
Dans la bouche de soldats païens, cette salutation
était d’une ironie cruelle. Comparativement les
suppléments, parce qu’ils reprennent le v. 35 dit
par des juifs, supprimaient les contrastes entre les différents
acteurs de la scène.