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La Passion







Luc XXIII


1 - Et se levant*[toute l'assemblée d’eux], ils le conduisirent à Pilate

Fut rajoutée “toute l’assemblée d’eux”, (qui se construit aussi avec un verbe au pluriel). Cet ajout donnait une explication à la présence inopinée de la foule au v.4. Suivi de la préposition epi, le verbe agô, dans le vocabulaire de la jurisprudence signifie, citer en justice, faire comparaître.

2 - Ils ont trouvé[  Nous l’avons trouvé]
Les autorités du Temple n’avaient pas elles-mêmes pris Jésus sur le fait; elles avaient, pour cela, délégué des émissaires , dont elles utilisaient les rapports. De ce point de vue, le nous  est impropre.
- Et se disant être lui-même Messie Roi.
Reproche était adressé de vouloir exercer le pouvoir tant  religieux que politique.
Or Pilate venait de faire frapper une pièce portant avec le nom de Tiberius Caesar le symbole du grand pontife (simpulum) manifestant ainsi la domination tant impériale que d’ordre religieux exercée sur la Judée.

5  - La terre.[ la Judée]
Jésus  prêchait  sur “toute la terre”; non point le monde habité, mais  la terre  d’Israël. Expression locale.

6 - Si de la Galilée  l’homme est.
[  Si l’homme est galiléen]
Pilate ne se souciait pas de savoir si Jésus était d’origine galiléenne, mais il s’informait de son ressort administratif. Son sort dépendait-il de la juridiction romaine de Judée ou juive de Galilée? Peut être pris en comparaison l’exemple de Syméon , un Cyrénéen  d’origine (23:26); requis par les soldats, il était cependant soumis à l’administration de Judée.

7 - A  Hierosolyma  en ces jours là.
Ekeinais, et non tautais, faisait allusion aux jours messianiques  (cf note sur 2,1).
- Hierosolyma : cette forme évoque le temple, le temple construit sous Hérode nommé trois fois dans le verset
Cf : Jérusalem et Hierosolyma


9  - Il interrogeait.
L'imparfait indique une action prolongée. Alors que Pilate se contentait d'un interrogatoire court, Hérode se dépensait en efforts vains.
-  Il ne lui répondit rien du tout.
Double négation du grec classique que les autres manuscrits ont évitée par un  ordre différent des mots. Le silence aurait du permettre à Hérode de s’interroger sur lui-même...

10 - Or s’étaient tenus (là) les grands-prêtres et les scribes.
Au plus que parfait, l’action s’ achevait quand commençait la suivante; il faudrait en conclure que grands-prêtres et scribes n’assistèrent pas à la mascarade d’Hérode.

11 - L’ayant enveloppé d’un vêtement resplendissant.
C’est un même vêtement resplendissant que le centurion Corneille, dans son témoignage, disait avoir vu sur l’homme qui se tint devant lui (Ac 10,30). Jacques dans sa lettre pour dépeindre un riche considéré, le  disait revêtu d’un vêtement resplendissant avec un anneau d’or au doigt. Le fils profigue à son retour se voyait revêtir de la première robe et passer un anneau au doigt. Ce manteau resplendissant constituerait le seul indice susceptible de répondre à la question: pourquoi Hérode refusa-t-il de juger Jésus, et quel prétexte fut-il en mesure d’invoquer pour le renvoyer à Pilate? 
Le qualificatif évoque le manteau du grand-prêtre scintillant de par les pierreries dont il était orné.

12 - Or se trouvant en aversion, Pilate et Hérode devinrent amis en ce jour là.
[Or Hérode et Pilate devinrent amis en ce jour là, l’un avec l’autre, étant entre eux, en effet auparavant, en  inimitié.]
Sans ce verset qui trouve un écho en Ac 4,27, l’attitude si manifestement loyale de Pilate n’éveillerait aucun soupçon. Le codex Bezæ mettait en avant son aversion pour Hérode et ne laissait pas supposer que l’ entente entre les deux hommes se soit prolongée au-delà de ce  jour. Il ne s’agissait pas, en tous cas, d’une réconciliation.

13 - Ayant convoqué en même temps.
[  appelé en même temps]
À la voix active le verbe est significatif d’ une convocation publique , faite à titre officiel, en l’occurrence par Pilate qui réunissait auprès de lui les grands-prêtres et les chefs, et tout le peuple, c’est-à-dire l’ensemble des hommes  citoyens de Judée  pouvant exercer le rôle de jurés dans un procès soumis à la vox populi.

 14 - Vous m’avez dénoncé.
[   amené]
Même verbe qu’en Gn 37:2.
- Je n’ai trouvé aucun motif en lui *[ dans cet homme et dont vous l’accusez].
L'ajout entre crochets avait pour objet,  de compléter un tour quelque peu elliptique,  sans apporter toutefois d’information supplémentaire. Aition dans le vocabulaire du droit est un motif d’accusation.

7 - Pilate le déféra à Hérode.
11 - Hérode le déféra à Pilate.
15 - Car je vous ai adressés à lui.
[ et non: Car  il l’a renvoyé devant nous.]
Dans le codex Bezæ aux versets  7 et 11, le  verbe anapempô  est suivi d’un datif sans préposition. Il signifie  adresser plus haut,  soit déférer à l’autorité compétente . Pilate avait déféré Jésus à Hérode qui le déféra à l’assemblée du peuple convoquée par Pilate. Mais au v. 15, avec la préposition pros,  le sens est renvoyer devant, adresser à.  Pilate avait en effet adressé les membres du Sanhédrin à Hérode, pour ne pas avoir à juger l’affaire lui-même. C’est apparemment cette subtilité de langage qui a été cause des variantes nombreuses qui affectèrent les trois versets.

16 - L'ayant donc châtié je le libèrerai
παιδε?σας est un terme générique qui signifie éduquer au sens premier, punir au sens second ; En 1 Rois 12:11 et 14 (idem 2Chr 10:11&14) le terme est employé avec ?ν μ?στιγξιν , pour punir par les fouets. Marc, suivi par Matthieu a eu recours  à un mot latin à peine grécisé φλαγ?λλοσας du latin flagellum, corrigé ensuite en φραγ?λλοσας. Il n'a pas tiré l'information d'uen comparaison de Luc et de la LXX, mais vraisemblablement il avait eu connaissance de la flagellaltion du Christ par les Romains et il a eu recours àleur terme. Il semble que Pilate, au v 20, Pilate ait mis la menace a exécution en faisant flageller Jésus. Le cri des plaignants s'amplifiant, alors que Jésus n'était pas mort sous les 60 coups dénombrés sur le linceul, Pilate décida sa crucifixion.

17 -19-
Or il y avait nécessité de leur libérer selon la fête quelqu’un.
Une phrase que partie des  manuscrits quand ils l’ont retenue ont placée à la fin du v. 16, où elle ne donne ni  excuse, ni explication à l’attitude de  Pilate. Tandis qu’en fin de ce verset 19, elle correspond à l’attente de la foule qui avait, peu auparavant, fomenté une émeute; à nouveau, elle faisait pression sur Pilate à l’occasion de la fête en lui demandant la libération de Barrabas. Or anagkê, la nécessité, la contrainte,  a été interprétée dans les parallèles comme une coutume de grâce à laquelle devait se plier le préfet romain aux jours de fête.

21 - Eux crièrent alors.
Un verbe évoquant le cri des démons cf 4,35


22 - Aucune raison de mort  je ne trouve en lui.
[   aucun motif  de mort je n’ai trouvé en lui.]
L’interrogeant Pilate n’avait retenu aucun motif d’accusation terme de jurisprudence, v.14), et au moment de le juger, il affirmait ne trouver en lui aucune raison (aitia) de mort. Le verbe trouver  est au présent, non à l’aoriste, Pilate émettant alors une parole de jugement, avant de prendre la décision définitive au v.24. On ne pouvait l’ inculper de ne pas respecter le droit romain mais de se retrancher derrière lui...
Luc de même que Jean , mais à la différence des deux autres synoptiques, a
énoncé l'innocence du condamné, sans laquelle Jésus devient bouc-émissaire comme dans les mythes.

Donc l’ayant châtié, je le libèrerai: selon Jean, Jésus fut flagellé avant que sentence ne fût rendue; selon Marc et Matthieu ce ne fut qu’après, ce qui est contradictoire avec le droit romain qui n'infligeait pas deux châtiments au condamné. Le linceul de Turin témoigne que Jésus eût à résister à 120 coups de fouets. Il n'aurait pas dû en réchapper. Le récit de Luc permet de comprendre que la flagellation  intervint  alors que la foule et les grands-prêtres  renforçaientt leurs cris (Lc23:23 D). La flagellation morale renforçait la flagellation physique. Devant la résistance du supplicié Pilate revenant sur son premier jugement, rendit sa sentence de mort. 

Le procès vu par les Synoptiques

Jésus avait été renvoyé d’une instance à une autre, aucune des autorités compétentes ne voulant le juger, si bien qu'il finit par être traîné devant le tribunal du peuple, convoqué avec les chefs par Pilate , pour tenir lieu de jurés dans un procès au cours duquel le préfet romain ne cessa de proclamer l’ innocence du prévenu  avant de le condamner à mort. Cela faisait partie d'un jeu de dérision  qui, tout en respectant les institutions et le droit romain, visait à faire  perdre sa dignité au condamné. Jésus fut avili  dans son intégrité non seulement physique par des sévices, mais aussi morale. Le stratagème de le faire condamner  par le peuple qui l'avait jusque là  suivi, réussissait. Ils réclamèrent alors la libération de l’ émeutier-meurtrier  - qui de plus portait le nom de Barabbas signifiant Fils du Père , ajoutant à l'humiliation recherchée. Pilate se voyait dans la nécessité  de leur libérer quelqu’un, afin de prévenir une nouvelle émeute en ces jours festifs. Mais la libération de l’un n’impliquait en rien la condamnation de l’autre et Pilate n’était pas assez innocent pour s’être simplement laissé piéger. En interrogeant les jurés à trois reprises il donnait l’impression de respecter le droit romain pour le proscrire la  minute suivante. Somme toute ce procès qui respectait les institutions tenait de la parodie. Luc rapportait les faits dans leur crudité, mais de manière assez sobre pour ne pas se rendre complice du meurtre.
Si Jésus était mort sous les fouets, Pilate n'aurait pas eu à rendre sentence. Que deux châtiments aient été imposés successivement au condamné met en cause sa loyauté de juge.

Comparativement dans le récit de Marc paraît manifeste la volonté d'atténuer ces aspects  sombres ou scabreux.
Selon lui, il n’y aurait pas eu de réel procès, Pilate se contentant de satisfaire en un jour de fête à la foule qui, venue de son propre mouvement, ne constituait pas une instance légale mais une force de pression. L’idée d’invoquer le jour de la Pâque pour demander une libération  était vue comme une coutume à laquelle le gouvernant en place était tenu de se plier. Derrière elle, Pilate pouvait s'abriter pour s'innocenter . Mais les documents à l'appui faisant défaut, cette pratique a été suspectée et mise en doute. L’idée de demander la grâce de Barabbas ne venait pas de la foule mais des grands-prêtres qui la manipulaient et Barabbas pour avoir  été pris avec d’autres ne portait pas à lui seul la responsabilité du meurtre qui lui était reproché. Sa libération pouvait ainsi paraître moins extravagante.
Tout au long Jésus semblait ne pas vouloir se défendre, comme s’il avait souhaité que les choses se déroulent ainsi. Il était la rançon versée en contrepartie de la libération du premier racheté, Barabbas, car il aurait déclaré: “le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour beaucoup”.  Mc 10:45. Tant et si bien que la signification de Barabbas  fils du Père a pu faire penser que Jésus prenait la place des enfants du Père céleste  pour en subir la colère, conséquence du péché, comme si à travers lui Dieu lui-même recevait cette malédiction à notre place.
Antipas tenu à l'écart, Pilate abrité derrière une coutume, le peuple manipulé, restaient en liste les grands-prêtres qui avaient tout organisé. Marc  avait estompé la responsabilité de Pilate et passé sous silence celle d'Hérode. 

Matthieu renchérissait sur Marc de manière à innocenter Pilate car celui-ci - après avoir lui-même proposé  le choix entre Jésus et Barabbas -  s'en serait remis  à une puissance supérieure, spirituelle mais anonyme, rendue présente à travers le rêve de sa femme. Il n'était pas seulement obligé par une coutume mais il avait à rendre compte à une puissance invisible. Aussi pour ne pas avoir à porter la responsabilité de la mort de Jésus, tout en donnant satisfaction à la foule, il se lava les mains dans un geste d’innocentement de lui-même, comme le faisaient à l'entrée de leurs cryptes les fidèles du culte de Mithra qui comptaient beaucoup de légionnaires dans leurs rangs.  La foule se serait alors anathématisée en demandant que le sang de Jésus retombât non seulement sur elle mais sur ses enfants. Matthieu qui écrivait  après les évènements de 70, cherchait à montrer que l'attitude du peuple avait attiré sa ruine.
En atténuant la culpabilité des chefs Matthieu, comme Marc d’ailleurs, cherchait peut-être à ne pas provoquer de persécutions par les pouvoirs en place à son époque. Mais Jean devait se trouver mal à l’aise devant leur récit qui n’évitait pas la mythologie à travers la persécution unanime qui faisait de Jésus un bouc-émissaire. Il prêta cette idée à Caïphe qui aurait prophétisé en ce sens. 
 
27 - Le suivait la  foule du peuple et des femmes qui .
[  une grande foule du peuple et de femmes ]
Des femmes est au nominatif pluriel, et non au génitif; distinctes de la foule du peuple composée  d'hommes, elles suivaient Jésus en tant que pleureuses.

28 - Filles de Jéru-éru-salem .
Erreur de copiste ou complainte sur la ville sainte? Impression que renforce encore le second verbe,  se lamenter .
 
29 - Viendront des jours .
[  Viennent des jours]
Nouvelle annonce de la ruine de Jérusalem à la suite de 20,22 et 21,6.

32 - Or ils emmenaient aussi d’autres - deux malfrats - adjoints à lui .
[  d’autres malfrats, deux, adjoints à lui]
En inversant les deux mots soulignés (ce à quoi peu de manuscrits ont échappé), autres n’est plus qu’un adjectif : Ils emmenaient aussi deux autres malfrats.  Cette traduction malencontreuse ferait de Jésus lui-même un malfrat.

34 - Jetant un sort.
[  les sorts]
Un singulier, selon l’expression hébraïque correspondante (Ps 22,19).

*[Or Jésus disait: Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font].
Selon Hégésippe ,  au moment de mourir, cette parole aurait été prononcée, par Jacques, le frère du Seigneur, en écho à la prière d’Etienne : “Seigneur ne leur compte pas ce péché”. Elle est absente, non seulement du codex Bezæ, mais des principaux manuscrits sur lesquels s’appuie ordinairement le texte consensuel; elle représente un ajout tardif et qui n’est pas sans soulever de nombreuses questions:
- L’inconscience constitue-t-elle une circonstance atténuante? N’est-elle pas un  obstacle au repentir?
- Dieu aurait-il besoin de circonstances atténuantes pour accorder son pardon? 
- Et de qui parlait Jésus : des gardes qui le crucifiaient, de ceux qui avaient donné ordre de le faire, ou de ceux qui avaient fait en sorte que cela arrive? La conscience de chacun n’étant pas la même, le pardon les atteindrait-il tous de la même manière? Cette phrase pose trop de questions philosophiques sur le pardon divin pour ne pas être maniée avec d’infinies précautions.

35a- Et le peuple s'était tenu (là) regardant.
?ρ?ν, voir, regarder; θεορ?ν , examiner, contempler fait écho a θεωρε?? au v 48.
Le jeu de mots sous-jacent θεον ορ?ν pouvait être présent à l'esprit de l'auteur.


35 - Si fils tu es  de Dieu, si messie tu es, l’élu.
[  Si celui-ci est le messie de Dieu,l’élu]
La phrase est au style direct. L’élu , non plus un participe  parfait de la voix moyenne comme en 9,35, mais un adjectif. Les trois termes ensemble   renvoient au messie  sacerdotal, le grand-prêtre qui a reçu l’onction.

37 - Salut le roi des juifs! 
[  Si toi tu es  le roi des Juifs,  sauve-toi toi-même! ]
Dans la bouche de soldats païens,  cette salutation était d’une ironie cruelle.  Comparativement les suppléments,  parce qu’ils reprennent le v. 35 dit par des juifs, supprimaient les contrastes entre les différents acteurs de la scène.

Ils lui imposèrent aussi une couronne épineuse
Une phrase retirée pour une harmonisation avec les autres évangiles. Jésus fut couronné d'épines par les soldats romains alors qu'il était déjà en croix, au moment où ils accrochaient l'écriteau “roi des Juifs” à son cou. Marc suivi  par Matthieu, plaça cette scène de dérision  juste après la sentence de mort, opérant une substitution avec la flagellation.

38 - Une inscription écrite sur lui en caractères helléniques, romains, hébraïques.
Notation du codex Bezæ, et de la plus grande partie des manuscrits de Luc. Si elle a été omise des parallèles synoptiques l'évangéliste Jean s’en fit l’interprète dans une énumération inversée. L’écriteau était à même le corps du supplicié attaché à son cou.Cette désignation du Roi des Juifs qui rapelle celle de Dieu à Nathan (I Sa 16.12) est plus fidèle dans le Codex Bezæ avec la présence du verbe être en fin de phrase.

39 - *[ Disant: n’es-tu pas le Christ? sauve-toi toi-même et nous avec!].
Ces mots prêtés au malfrat s’apparentent étroitement à ceux des v. 37 et 39;
Il le blasphémait, écrivait bien plutôt Luc selon le codex Bezæ tant les paroles prononcées ne pouvaient être redites; et cela allait si loin que son compagnon dut le reprendre!

42 - Et se tournant vers le Seigneur, il lui dit: souviens-toi de moi au jour de ta venue.
[  souviens-toi de moi lorsque tu viendras dans ta royauté.]
Après avoir reconnu qu’il méritait son sort en raison de ses actes, il se tournait  (un verbe utilisé jusque là  pour Jésus seul) vers le Seigneur. “Le jour  de ta venue” ne se référait probablement pas tant au jour du jugement divin (Ml 3:19, Ez 21:30, Ps 37:13) qu’à l’attente messianique telle qu’elle s’exprimait dans les manuscrits de la Mer Morte.


45  - Le soleil s’enténébra.
[   s’éclipsa]
La mort de Jésus ne fut pas soulignée astralement par une éclipse de soleil mais la ténèbre couvrit la terre longuement (trois heures) avec densité. Le soleil ne “s’éclipsa pas” , mais il fut couvert par la ténèbre, une image prisée des Prophètes et qui s’inscrivait dans un thème récurrent de l’évangile.(Luc 1:79, 7:35, 12:3, 19:27, 22:53, 23:44)  L’éclipse de soleil au moment de la Passion a été suggérée par un rapprochement avec celle de 32 évoquée par Thallus, reprise par Phlégon de Tralles cité par Eusèbe qui  accueillait l’idée dune éclipse surnaturelle (puisque l’éclipse de soleil ne se produit pas à la pleine lune). La retouche du verset remonte à l’époque de Tertullien et d’Origène qui exprimaient déjà leur inquiétude devant l’impact de cette légende.

46 - Père je dépose en tes mains  mon esprit
Le verbe à l’actif (et non au  moyen comme dans al LXX), correspond au hipphile de l’hébreu. Il souligne, de la part de Jésus, un acte de sa volonté par opposition à une entrée passive dans la mort. Cette phrase était une actualisation au présent du verset 6 du Psaume 31 récité au futur, à la prière du soir. Comparativement, Marc avait mis sur les lèvres de Jésus le psaume 22, celui de la toute première heure du jour.

47 En réalité juste il était cet humain là.
Nouvelle reconnaissance de l'innocence de Jésus par un païen, selon le droit tomain. Cette proclamation d'innocence semble avoir gêné Marc qui mettait sur les lèvres du centurion: en vérité cet homme était fils de Dieu.  


53 - Un tombeau taillé dans le roc.
[  une sépulture]
Selon les coutumes bibliques (Ex 21;33, 2Ch 26:10,  Né 9:25, Is 22:16) , le tombeau était creusé à la manière d’un puits ou d’une citerne. Luc différenciait bien mnêmeiô, le tombeau, de mnêma, la sépulture ou le mode d’ensevelissement.   
-  Et l’ayant mis, il apposa sur le tombeau une pierre qu’ils roulaient péniblement à vingt .
Une précision, retenue par aucun des parallèles et qui fut ensuite  oubliée, gommée dans les manuscrits successifs, mis à part la série f13 et quelques autres. Un lien est à faire avec les portes du Temple, selon la relation de Flavius Josèphe:“ la porte orientale de la cour intérieure , qui était en bronze et tout à fait massive, que vingt hommes le soir fermaient avec peine” GJ,VI,293.


54 -  Or c’était le jour avant-le-sabbat
[  et le jour était de préparation, et le sabbat commençait à luire].      
Prosabbatou:
Un terme issu du vocabulaire liturgique d'Alexandrie et rencontré dans l'introduction du Psaume 92 de la Septante (ou en Jdt 8,6). L'équivalent hébreu est Erev shabbat, en araméen harouva ou judéo-araméen aravta.
Bibliogr.: A Dupont-Sommer Sabbat et parascève à Eléphantine d'après les ostraca araméens inédits, dans Mémoires présentés par divers savants à l'Académie des Insrciptions et Belles Lettres, tXII,1908 p 68-88. A Pelletier, nomenclature du calendrier juif à l'époque hellénistique, dans Revue Biblique, 1975 p218-33.
Parascève = préparation, qui en est le substitut dans le texte alexandrin n'a pas d'équivalent hébreu strict. Il était en usage dans la diaspora jusqu'à désigner le sixième jour de la semaine. F Josèphe l'a utilisé dans ce sens :"durant les sabbasin et avant dans sa préparation depuis la neuvième heure." (AJ 16:163).


55 - Deux femmes.
[  des femmes].
Elles n’étaient pas encore nommées; Marc (15,47 D05) donnait les noms de Marie Madeleine et Marie de Jacques. Au jour de la Résurrection elles se feront accompagner  de nombreuses autres.

- regardant la sépulture [  le tombeau et comment avait été posé son corps].
La périphrase tendait à expliquer ce que le codex Bezæ disait un en seul mot avec le terme sépulture.

56 - *[ selon le précepte].
Une addition  explicative.