1- Et il advint lorsqu'il eut achevé de prononcer ces paroles.
[Après qu'il eut accompli toutes ces paroles aux oreilles du peuple].
Même remarque qu'au v.1 du chapitre
précédent; avec kai egeneto s'inscrivait une
continuité entre la parabole que Jésus venait de
prononcer et ce nouvel épisode qui allait en donner une
illustration; celui qui avec confiance mettrait la parole en pratique,
serait comme une maison solide inspirant confiance; à cette
image, le centurion dont il allait être question, obtenait
l'obéissance à travers la confiance qu'il
suscitait.
2 - Or quelqu'un d'un certain centurion
[Or un esclave ...]
La personne malade n'était pas autrement
présentée, et nous saurons au v. 3 seulement, qu'il
s'agissait d'un esclave (voir aussi la note du v.10).
6 - Il marchait avec eux.
Un imparfait pour une action prolongée. En accompagnant la
délégation d'anciens jusqu'à la
demeure du centurion, Jésus dut marcher un certain temps; il est
peu probable en effet que le centurion romain ait habité
Capharnaüm ou même la Galilée gouvernée par
Antipas. Ce centurion n'avait pas été en mesure de
faire un tel chemin en sens inverse, et il avait
délégué autrui.
7 - *[C'est pourquoi je ne me juge pas digne de venir vers toi].
Ce membre de phrase, absent du codex et d'autres témoins,
tend à donner une explication morale au fait que le centurion ne
se soit pas déplacé lui-même, alors qu'il
faut plutôt y voir un empêchement de fonction.
9 - Amen, je vous dis, jamais en Israël je n'ai vu une telle foi!
Amen est une interjection hébraïque plus fréquente
dans le codex Bezæ qu'ailleurs (cf 4,24), plus
fréquente en Matthieu (29 fois) qu'en Luc chez qui elle
accompagne “je vous dis” ( 6 fois).
- jamais: Qu'avait voulu dire Jésus? Avec cette conjonction il
englobait les générations du passé, faisant de ce
centurion un croyant incomparable. Affirmation déconcertante
dès que sont évoqués Marie, Joseph ou Jean
Baptiste. Sa suppression est donc bien compréhensible.
10 -Les esclaves dépêches [et non:Les envoyés].
Des esclaves formaient la seconde délégation
envoyée à Jésus; or au v.6, ces esclaves
étaient présentés comme des amis du
centurion. Corrélativement, le malade dont on se
préoccupait était présenté d'abord comme
quelqu'un, (v 2), avant d'être identifié
à un esclave au v.3; très estimé de son
maître, il recevait de sa part le qualifiquatif de
serviteur (pais v.7). Cette appréciation de
l'esclave considéré comme serviteur et ami,
constitue avec l'obéissance fondée sur
l'estime, la fine trame de ce récit.
Plusieurs traits rapprochent ce centurion de celui des Actes. En effet
celui de Césarée envoya en délégation
auprès de Pierre trois de ceux qui lui étaient
fidèlement attachés, dont un soldat très pieux.
Dans un second temps il manda un esclave en reconnaissance, avant de
s'élancer lui-même pour se jeter aux pieds de Pierre. Dans
l'un et l'autre cas, ce soldat de l'armée romaine se remarquait
par son affection pour des personnes qui lui étaient intimes et
chères bien que partie d'entre elles aient été ses
esclaves, et par une attitude non conventionnelle, empreinte
d'humilité. Ces deux centurions ne seraient qu'une seule
et même personne.
11 - Et le jour suivant, il faisait route vers une ville appelée Naïn.
[Et il advint dans la suite qu'il se rendit].
Tê etzês désigne le jour suivant Dans les Actes (Ac21:1 25:17; 27:18). L'imparfait
indiquait à nouveau une marche prolongée.
Entre les évènements qui se suivaient n'y
avait-il pas des raisons de cause à effet? Jésus venait
de louer la foi d'un centurion romain quand, juste après
il
ressuscita, de manière publique, un jeune homme fils
unique, reprenant en cela le geste fait par Elie pour une veuve
de Sarepta près de Sidon ou encore celui d'Elisée pour
une femme habitant Shunem. La foi d'un étranger avait pu
être un
élément incitatif. Dans son discours prononcé dans
la synagogue de Nazareth en rappelant les actes d'Elie et
d'Elisée, il dénonçait le manque
d'accueil de ses concitoyens à son égard. Mais sur
la foi de cet étranger à son tour il accomplit
une résurrection.
La
ville de Naïn, en Galilée, et dans
la tribu d' Issachar était vocalisée
Naïm en Hébreu (Midrash Bereshit Rabba 88), ce
qui signifiait agréable ou exquis. Eusèbe
(Onomastica 140 :9) la situait à
proximité de En Dor, et dominée par le promontoire
de
Nazareth, au Sud du Thabor.
Or Naïn l'exquise,
se trouvait non loin de Shunem , les deux villages se trouvant de part
et d'autre du
Jebel Dahy (Mt Moreh)
qu'Eusèbe prenait pour le "petit Hermon" (au lieu du Mt
Gilboa évoqué dans le Ps
41:7). De Shunem était originaire la
Shulamite Avishag, appelée auprès de
David aux derniers moments de sa vie; peut-être
était-elle la Shulamite du Cantique
des Cantiques et qui passait pour un
féminin de Salomon, auteur
présumé du cantique.
/ 1 R 1: 15
Αβισακ ἡ
Σωμανῖτις
: inversion du m et du n par rapport à l'hébreu
:
אֲבִישַׁג֙ הַשּׁ֣וּנַמִּ֔ית
Ct 7:1 ἡ
Σουλανῖτις
(A) ou ἡ
Σουμανῖτις
(B) הַשּׁ֣וַלַמִּ֔ית la Soulamite.
Avishag était originaire d'un village visité par
Elisée du nom de Shunem dans la tribu d'Issachar et que Flavius
Josèphe calligraphiait Sounês (AJ 6. 327)
mais qu'Eusèbe appelait Soulam, la situant à 5
bornes milliaires romaines du Thabor.
Dans sa Vulgate Jérôme était fidèle
à l'hébreu au consonnances de l'hébreu. Cependant dans sa
réversion de
l'Onomastikon d'Eusèbe il précisait : Sunem in tribue Issachar. et usque
hodie vicus ostenditur nomine Sulem in quinto miliario montis Thabor
contra australum plagam.
Il confirmait que la Soulem connue d'Eusèbe était la
Shunem biblique ce qui faisait dire à Y Aharoni the land of the Bible que Shunem s'appelait Shulem dès la période romaine (p 24, 152, 172, 442) .
Dans les manuscrits de la LXX la Sounam évoquée en
Josué devenait Sôman dans les autres
livres, probablement traduits à une date ultérieure.
Si le grec Sounam n'évoquait rien, par contre Sôman
pouvait être rattaché à Sôma le corps, la
Sômanit étant celle qui prenait soin du corps , rôle
consenti à Avishag et à l'hôtesse d'Elisée.
Un rapprochement fut proposé avec la bien aimée du
Cantique appelée la Soumanite, rapprochement refusé dans
le codex Alexandrinus qui optait pour la phonétique
hébraïque Soulamite. Ce choix de traduction est
vraisemblablement antérieur à la période
Chrétienne.
Du côté Est de l'axe routier reliant le lac
à Césarée-Yafo (route 65) trois
villages gardent mémoire des sites
bibliques : Endor puis Neen (Naïn) et Sulam, l'un
et l'autre au pied du Mt Moreh, nommé en Jg 7:1.
Ces références bibliques venaient facilement
à l'esprit au temps de Jésus. En nommant
Naïn, Luc pouvait s'adresser à des habitants de la région connaissant bien ces
lieux. Naim était visitée par Ste Paule en 386 comme
lieu de pèlerinage de même que par Ethérie
affirmant qu'une église y avait été bâtie (le passage sur Naïn fut gardé par le Diacre Pierre dans
un écrit de 1137).
13 - Jésus.
Au nom de Jésus des copistes ont
préféré Le Seigneur , plus emphatique.
La même observation peut être faite en 10,1,41,
13,15, 17,6, 22,61. Dans le codex Bezæ, et dans le discours
indirect, Jésus est appelé Le Seigneur par le
rédacteur en10,39, 11,39 17,5, 18,6,22,31, 23,42.
14 - Jeune homme, jeune homme !
L'appel redoublé du nom est biblique; c'est Le Seigneur qui
appelle deux fois (cf.Gn22,11, Ex3,4, 1S 3,10). Dans l'évangile
de Luc on notera également l'appel redoublé de
Jésus pour Marthe (10,41) et pour Simon (22, 31).
17 - Et elle sortit, cette
parole dans toute la Judée au sujet de lui et dans
toute la contrée d'alentour - 18 - en elles , même
jusqu'à Jean! et ayant appelé à lui
deux de ses disciples...
[ et non :18 - Ses disciples rapportèrent à Jean au sujet
de tout cela, et ayant appelé à lui deux de ses
disciples].
Les murs ont des oreilles et la rumeur avait traversé jusqu'aux
murs de la prison où se morfondait Jean! Aussi Hérode
Antipas n' avait pu ignorer, quant à lui, un signe qui
aurait dû l'amener à réfléchir.
A cette tournure exclamative si parlante, les scribes
préférèrent une phrase plus anodine, disant que
des disciples en personne avaient tenu Jean informé;
cependant le raccord avec la phrase suivante n'évite
pas l'illogisme: en quoi Jean avait-il encore besoin
d'appeler deux autres de ses disciples pour vérifier
le dire des premiers?
Ces deux disciples sont à identifier aux deux qui furent
présentés en remplacement de Judas et choisis selon les
critères émis par Pierre: “Il faut donc que parmi
les hommes qui se sont joints à nous pendant tout le temps
qu'entra et sortit parmi nous le Seigneur Jésus Christ, en
commençant depuis le baptême de Jean jusqu'au jour
où il fut enlevé d'entre nous. Que témoin de sa
résurrection avec nous soit l'un d'eux” Ac 1:21; et le
codex Bezæ de donner les noms de Matthias er de
Barnabé (Barnabas) interprété ensuite
Barsabbas ou Barsabas. Vu le rôle assumé par
Barnabé au long des Actes, il est évident qu'il
s'agissait de lui, d'autant que Barsabbas
n'était que le surnom de Jude qui lui, était
déjà du nombre des Douze (cf 6:16). Clément
d'Alexandrie avait du connaître la leçon du codex
Bezæ puisqu'il écrivait: : “un témoin
apostolique, Barnabas, un des 72 et collègue de Paul qui
parlait en ces mots: Avant de croire en Dieu le fondement de notre
coeur était instable, un temple fait de mains humaines”
(.Stromates 2.20).
20 - Ou un deuxième nous attendons?
Jean envoya deux disciples pour vérifier auprès de
Jésus que la rumeur sur la résurrection du jeune homme
correspondait bien à une action du messie attendu. Dans le codex
Bezæ au v. 19, Jean se posait la question d'un autre, d'un second messie avec le grec allon. Les disciples, reprirent sa
question; mais avec eteron , un "autre". Fallait-il un
autre messie que Jésus ou bien avec lui devait-on en attendre un
second? Luc répercutait ainsi les questionnements sur la venue
messianique telle qu'elle se faisait sentir dans les documents de
la Mer Morte.
21 A cette heure même, il en soignait beaucoup de maladies et des coups de fouets.
Au moment où Jean s'interrogeait, Jésus était en
train de soigner. Etait instaurée une étroite connexion
entre l'attente de Jean et les actes de Jésus posés
justement à son intention; en effet, comme en 10,21,
l'expression dénote la simultanéité. En
accomplissant des signes aux résonnances publiques Jésus
cherchait aussi à interpeller Antipas.
Par contre avec le synonyme à cette heure
là, le choix des scribes de quelques autres manuscrits
s'est orienté vers la manifestation des temps messianiques
comme en 2,1.
- Mastigôn, les coups de fouets, un terme que le latin a
rendu par plagis, des coups, et qui se retrouve avec ce sens en
Ac 22,24. Dans le Ps 38,11, il recouvre l'Hébreu
nénaa, pour les coups et blessures. Y-a-t-il lieu
d'oublier la condition d'esclave dans l'Antiquité,
et de passer, au sens figuré de tourment en se
référant à Marc 5: 29,34?
23 - heureux celui qui ne se scandalise pas en moi
C'est à Jean que s'adressait cette
“béatitude”. Jésus venait d'accomplir
des signes messianiques précisément à son
intention et il cherchait à l'affermir pour le cas
où Antipas, durcissant sa position, chercherait à le
faire mourir: qu'en ce cas il ne se scandalise pas et ne
défaille pas en renonçant à
l'intégrité de la Loi.
26
- Parmi ceux qui sont nés des femmes il n'est pas
de plus grand prophète que Jean le Baptiste.
Accentuation du rôle prophétique de Jean Baptiste,
que Jésus reliait à l'Ecriture par une citation
mêlant Ex 23,20 et Ml 3,1. Cette partie du verset se retrouve
dans les autres manuscrits après le v. 27, et sans
l'adjectif prophète dans une grande partie des manuscrits.
27 -“Voici que j'envoie mon ange devant La Face: Il préparera Ton chemin devant Toi”.
Jésus actualisait la promesse faite à Moïse et reprise par Malachie avec un sens nouveau:
Exode 23:20
Καὶ ἰδοὺ ἐγὼ ἀποστέλλω τὸν ἄγγελόν μου πρὸ προσώπου σου, ἵνα φυλάξῃ σε ἐν τῇ ὁδῷ, ὅπως εἰσαγάγῃ σε εἰς τὴν γῆν, ἣν ἡτοίμασά σοι.
Malachie 3:1
ἰδοὺ ἐγὼ ἐξαποστέλλω τὸν ἄγγελόν μου, καὶ ἐπιβλέψεται ὁδὸν πρὸ προσώπου μου, καὶ ἐξαίφνης ἥξει εἰς τὸν ναὸν ἑαυτοῦ κύριος, ὃν ὑμεῖς ζητεῖτε, καὶ ὁ ἄγγελος τῆς διαθήκης, ὃν ὑμεῖς θέλετε· ἰδοὺ ἔρχεται, λέγει κύριος παντοκράτωρ.
Luc 7:25
οὗτός ἐστιν περὶ οὗ γέγραπται,
Ἰδοὺ ἀποστέλλω τὸν ἄγγελόν μου πρὸ προσώπου [σου], ὃς κατασκευάσει τὴν ὁδόν σου ἔμπροσθέν σου.
Mathieu 11:10
οὗτός ἐστιν περὶ οὗ γέγραπται
Ἰδοὺ ἐγὼ ἀποστέλλω τὸν ἄγγελόν μου πρὸ προσώπου σου ὃς κατασκευάσει τὴν ὁδόν σου ἔμπροσθέν σου.
Le verset de l'Exode était une promesse faite par Dieu à Moïse de garder (φυλάξῃ) Israël dans sa marche dans le désert; pour cela il envoyait son ange en avant de lui. Malachie donna à ce verset une inflexion nouvelle: Dieu s'apprêtait à entrer dans son sanctuaire et pour cela il envoyait devant Sa Face le messager de l'alliance qu'attendait le peuple.
Jésus reprit ce verset en disant que Jean Baptiste était le messager annoncé devant “la Face” ," πρὸ προσώπου". En effet les manuscrits du courant occidental , D et it, en Luc, n'ont pas de pronom [σου] accompagnant la Face. Aussi l'expression " πρὸ προσώπου" dans ce verset de l'Évangile peut désigner Dieu lui même comme elle peut désigner Jésus. Matthieu a rajouté le pronom qui est dans le verset de l'Exode et "ta face" désigne alors simplement Jésus. Les scribes ont reporté ensuite ce pronom dans le texte de Luc. Il n'y a plus alors cette identification subtile entre Jésus et "la Face du Seigneur".
28b - Or je vous dis que celui, plus petit que lui, dans la royauté de Dieu plus grand que lui est.
[et non: Or je vous dis: le plus petit dans la royauté de Dieu est plus grand que lui].
Le traducteur latin avec minor et maior, semble avoir compris
plus jeune et plus âgé , ce qui s'accorde bien
avec l'hébreu sous-jacent qui se sert de l'adjectif
katan, petit, pour dire jeune , et gadol, grand pour dire plus
âgé . Une comparaison était instaurée
entre deux personnes natives des femmes, était-il
spécifié: d'une part Jean le plus grand des
prophètes, et un second plus petit, plus jeune, que lui,
mais plus grand, plus ancien dans la royauté de Dieu, en
l'occurence Jésus, lui aussi né d'une femme.
Dans la royauté de Dieu Jésus est antérieur
à Jean notamment dans la prophétie. Telle était la
lecture que faisait Jean: Celui qui vient derrière moi, avant
moi advint parce que premier par rapport à moi il était.
Jn 1:14.
Se pourrait-il néanmoins que Jésus ait parlé non
point de lui mais d'un plus jeune encore...(cf 9:48-49)?
Par contre pour Matthieu avec Jean-Baptiste, nouvel Elie, se
concluait la prophétie (Mt 11,11-14). Aussi remodela-t-il
le phrasé lucanien faisant disparaître le premier pronom
lui au v 26 qu'il rapprochait du verset 28 ,
suggérant que Jean Baptiste, aussi grand prophète
qu'il ait été aux yeux du peuple,
n'était pas plus grand que le plus petit dans la
royauté de Dieu. Effectivement, selon Matthieu, la
royauté de Dieu devait être une société
égalitaire (cf la parabole sur les ouvriers de la
dernière heure).
29
- a justifié Dieu 30 - mais les pharisiens et
légistes, le conseil de Dieu, ont
dédaigné*. [et non: ont justifié...ont dédaigné contre eux]
Le peuple est sujet de ce verbe au singulier; les collecteurs de
taxes qui sont compris dans ce peuple, forment une
parenthèse à l'intérieur de la phrase comme cela
se rencontre souvent sous la plume de Luc (1:15,36,74; 2:10,35; 5:35
etc).
- Contre eux avec la préposition eis n'est pas dans le
codex Bezæ; lorsque la préposition eis n'accompagne
pas un verbe de mouvement, elle revêt le plus souvent le sens de
l'opposition, contre , (cf 12:10, 22:65).
35
- La Sagesse s'est justifiée loin de *
ses enfants [ et non:la sagesse a été justifiée par tous ses enfants]
La langue grecque alexandrine, utilise ὑπὸ pour indiquer
l'agent (par), et ἀπὸ pour signaler la distance (loin
de) ou bien l'origine, (de, depuis, à partir de).
Cette distinction se vérifie bien en Luc tout au long de son
évangile, et ici ἀπὸ n'indiquerait pas
l'agent mais l'éloignement; les pharisiens qui
faisaient l'objet de la comparaison développée dans le
paragraphe, avaient délaissé le conseil de Dieu;
aussi cette sagesse de Dieu - dont ils demeuraient néanmoins les
enfants - ne se référait plus à eux.
Plus tard, par un glissement progressif ἀπὸ a
remplacé peu à peu ὑπὸ, l'origine et
l'agent se confondant sous un même vocable, faisant place
à plusieurs interprétations possibles.
Furent considérés comme enfants de la Sagesse
pécheurs et publicains nommés dans la phrase
précédente; mais cette lecture était assez
insatisfaisante puisque dans le parallèle Matthéeen, les “oeuvres” furent substituées aux “enfants”.
47 - Or grâce à cela, je te le dis, lui a été remis beaucoup.
[et non: Or grâce à cela, je te le dis, lui ont été remis les
nombreux péchés , parce qu' elle aima
beaucoup; or à qui peu est remis, peu il aime].
La phrase additionnelle qui n'est pas dans le codex
Bezæ, résoudrait-elle une contradiction ou bien en
ajouterait-elle une aux propos de Jésus?
Jésus justifiait l'attitude de la
pécheresse qui était en train de lui embrasser les pieds
et de l'oindre de parfum, par une parabole: de deux débiteurs,
le plus reconnaissant
était celui qui avait contracté la dette la plus
importante; il ne mettait pas en avant le repentir de l'un ou de
l'autre, mais la manifestation de reconnaissance pour la remise
d'une dette. De même à travers les gestes de la
femme, Jésus lisait une marque de reconnaissance et non de
repentir. Oubliant ce qu'elle était, ne venait-elle pas lui
manifester ce qu'elle ressentait depuis la résurrection du jeune homme, voyant
en lui un prophète dans la ligne d'Élisée? Ses gestes n'allaient-ils pas
préparer un autre Simon, et cette fois Simon- Pierre à sa confession du Christ fils de
Dieu deux chapitres splus loin?
Je te le dis:
Jésus aurait pu s'arrêter
là, mais poursuivant il ajoutait que ses péchés
lui étaient pardonnés, grâce aux
gestes
qu'elle manifestait envers lui; en fait, à suivre les
termes employés, les gestes de
reconnaissance lui avaient acquis non point le pardon de
ses péchés
personnels, mais la manifestation de ce pardon par
Jésus. Et ce pardon lui
était signifié par une adresse directe: “tes
péchés ont été remis”. Le
verbe qui est au parfait s'entend d'un pardon définitif,
pleinier, sinon d'un pardon acquis depuis longtemps.(les deux lectures
sont possibles comme en 5:20,23. Par ses
gestes d'amour elle avait mérité que lui soit
manifesté en retour l'amour de Celui qui lui avait
déjà pardonné sinon lui pardonnait totalement.
Avec l' ajout apporté dans les autres
manuscrits, insistance était mise sur le mot
“péchés”; était également
fournie une raison au pardon donné : il lui fut remis parce
qu'elle aima beaucoup; mais cela pose la question d'un pardon divin
conditionnel. Les pécheurs seraient pardonnés en fonction
de leurs mérites et non par gratuité divine. S'y
ajoutait une constatation presque désabusée:
“à qui peu on remet, peu il aime”. Le pardon conduit
à aimer, mais devrait-on pécher pour être
pardonné et manifester de l'amour en retour? Ajouter aux paroles
initiales est source de contradictions.