Selon les repères transmis par Luc (cf. Lc 3.1 et 23), Jésus naquit en
752 ab urbe condita, soit l'an 2 avant notre ère. Le récit débute sur le
sacerdoce de Zacharie, père de Jean le Baptiste, officiant dans le temple
reconstruit sous Hérode ; mais ni la naissance de Jean ni celle de Jésus
ne sont datées, par Luc, du vivant du roi.
En effet Hérode le Grand était mort
depuis deux ans déjà, d'après les informations reçues de Flavius Josèphe
(soit en 750 ab urbe condita ou 4 avant notre ère); il avait repris les
oeuvres de l'historiographe Nicolas de Damas auxquelles il avait adjoint
des repères de l'histoire romaine, comme le nom des consuls en exercice
au départ du règne; s'il avait fait de même pour l'année de la mort il nous
eût évité d'avoir à procéder par déduction en déterminant l'année à partir
de l'âge du défunt.
Au tournant de ce millénaire, des auteurs ont ré-interrogé son oeuvre pour
tenter de montrer que ses repères étaient extensibles — non qu'ils aient
été vagues ou confus — mais pour répondre à une intention d'ordre théologique
:
Rendre compatible avec les récits de Luc et de Josèphe l'évangile de Matthieu
qui fait naître Jésus deux ans au moins avant la mort du roi. Tâche impossible,
à moins de manipuler les sources et de fausser les textes. Tel est l'enjeu
de ce débat.
Le temps de règne des souverains bibliques était arrondi au chiffre inférieur, selon l'exemple de David qui avait régné 40 1/2 mais qui fut gratifié de 40 années par la tradition. Au décompte égyptien succéda celui des Babyloniens, tandis que le système exposé dans le Talmud serait un compromis entre les deux:
Court ou long, le temps qui précédait le premier nisan avec l'intronisation du souverain comptait pour la première année de règne. A sa mort, les semaines ou les mois qui outrepassaient le premier nisan comptant également pour une année entière constituaient la dernière année de règne.
Ce système fut appliqué sous la dynastie Hasmonéenne de ce que l'on peut déduire du règne de Simon Maccabée:
"l'an 170, le joug des nations fut ôté d'Israël et le peuple commença à dater les actes et les contrats de l'an I de Simon, Grand-prêtre, Stratège, et chef des Juifs” (cf 1M13,41; AJ XIII, 129).
Le Rouleau des Jeûnes (Megillat ta'anit), à la date du 27 Iyar (= 20 mai 142BC), offre une réjouissance “en
mémoire du jour où les Hasmonéens annulèrent le
décret des Grecs”. Comme pour la plus part des dates offertes dans ce rouleau, le lien direct avec la date réelle de l'évènement commémoré est improbable. On sait seulement que l'hiver était passé et que si ce décret avait porté la date du Ier nisan, la tradition l'aurait répercuté. En 172 de l'ère séleucide, l'assemblée décidait d'honorer Simon en gravant ses hauts-faits sur des tables de bronze, " Le 18 Ellul, en la troisième année de son règne". (1M 14:27). Aussi en appliquant les règles talmudiques, les années de Simon Maccabée se décomptent ainsi:
1ère année: ?...- 27 Iyar (?) 170 - ... au 1 nisan 171
2ème année: 1 nisan 171 ... au 1 nisan 172
3ème année: 1 nisan 172 ... 18 Ellul 172 ...au 1 nisan 173.
Une contestation, qui n'est pas récente, s'est
élevée sur les années de
repos agraire. Pourtant leur retour régulier tous les sept ans
s'est
effectué durant les deux millénaires passés sans
rupture connue. Rabbi
Yosé ben Halafta au second siècle , attestait que
l'année 68/69
précédant la destruction du premier comme du second
Temple avait été de
repos agraire ; la ruine intervint "à
l'issue d'une année sabbatique"(9),
disait le traité Arakin, ce qui signifiait la même chose .
Maïmonide
commentait ce propos par ces mots: "il
est bien connu qu'au temps des
Ge'onim tout le peuple en terre d'Israël observait la shemitah
basée
sur ce principe, fondement de la pratique actuelle" (10).
Les années sabbatiques commençaient à l'automne : "Au Ier tishri c'est
le nouvel-an pour l'année civile, les années de repos
agraire, les
jubilés, les nouveaux plants, les légumes verts"(11) . Si les Romains
investirent la ville dès Juillet la destruction se poursuivit
jusqu'à
l'automne; dans ces conditions la formule "à l'issue d'une année
sabbatique"(12) pouvait donner lieu
à discussion. Une autre question fut
posée par Rabbi Huna à la fin IVème siècle
lorsqu'il voulut intégrer
aux calculs l'année du Jubilé, même si celle-ci
n'avait, en pratique,
jamais été observée; il s'agissait de savoir si la
cinquantième année
jubilaire était la première du cycle suivant ou non. Le
débat reprit au
XIIème siècle et Maïmonide , comme solution au
problème soulevé,
proposait de considérer comme sabbatique l'année 69/70 au
lieu de
68/69. Mais le raisonnement tenu, essentiellement spéculatif, ne
s'intéressait qu'indirectement à la réalité
historique qu'il n'avait
pas volonté de remettre en cause; néanmoins, dans cette
ligne, la
documentation littéraire et archéologique sur les
années de l'Antiquité
fut réévaluée afin de voir si le cycle sabbatique
supportait un
décalage d'un an(13).
Sans un seul indice d'une rupture quelconque avec le
cycle consacré par l'usage et toujours actuel, que peut valoir
cette
hypothèse? A l'examen des années de l'Antiquité
elle apporte plus de
confusion que de clarté . Un exemple, celui de l'année
40/41ec; quand
vers la fin du printemps 40, le peuple s'ameuta contre la commande
d'une sculpture de Caligula à ériger dans le temple,
Philon notait
alors la maturation du blé (1). À l'automne suivant, au moment des
semailles d'hiver, à nouveau préoccupé par
l'imminence de l'évènement, le peuple se mobilisa pendant un mois et demi;
Josèphe
précisait que l'ensemencement des champs - avec le blé
d'hiver -
n'était pas fait(15) ; l'année sabbatique avait, en quelque sorte,
favorisé la mobilisation du peuple puisqu'il n'ensemensait pas
cette année
là. Caligula disparaissait le 24 janvier 41 et son successeur
Claude
ajouta la Judée au territoire régi par Agrippa qui, aux
fêtes d'automne
de l' année post-sabbatique 41(42), fut amené à
lire la Torah dans le
temple "Le deuxième jour de
la fête (Soukkhôt), la huitième année (
l'année post-sabbatique), ils dressèrent pour lui (le
roi) une estrade
où il siégea...le roi Agrippa reçut (le rouleau de
la Torah) debout et
le lut debout; et quand Agrippa parvint à 'Vous n'instituerez
pas sur
vous un étranger qui n'est pas votre frère' ses yeux se
remplirent de
larmes. Ils lui dirent alors:' ne crains pas Agrippa, tu es notre
frère, tu es notre frère !"(16) Cet encouragement des
autorités religieuses
qui cherchaient à se le concilier, se comprend dans la mesure
où en 41,
il venait d'être institué roi sur eux par Claude; mais
repoussée à
l'automne 42, après un an d'exercice du pouvoir, une telle
manifestation d'émotions ne serait plus intelligible.
En tout
état de
cause les années de repos agraire 38/37aec , 40/41ec et 68/69ec
sont à
maintenir tout comme le cycle sabbatique courant auquel elles se
relient.
La première année du règne effectif
d' Hérode commençait avec la prise de Jérusalem le jour de Kipour 37 et s'étendait au 1er
nisan 36 .
Dion Cassius plaçait le siège de la ville en
38aec(21), sous le
consulat de Claudius et Narbonus mais son assertion est à
considérer
avec précaution car au paragraphe précédent
parlant du triomphe qui
suivit la mort du Parthe Pacoros en juin 38, il disait qu'Antoine avait
péri entre temps, lui qui ne devait disparaître qu'en
août 30; le
paragraphe qui suivait la prise de Jérusalem, était
sensé se dérouler
sous le consulat d'Agrippa et Gallus en 37 avec Phraate qui fut le
meurtrier des siens au lendemain de la mort de Pacoros. L'erreur sur
Antoine et cet aller-retour dans la succession des
événements chez les
Parthes amènent à douter de la validité de
l'objection soulevée.
Entre la prise de
Jérusalem par Pompée en 63 aec et par Hérode
en 37aec Josèphe estimait l'intervalle de 27
années alors qu'il n'est que de 26 années
solaires. Il avait pris pour base
les
années civiles débutant en Tishri, incluant dans son
comput comme une
année entière la dernière année, celle qui
venait seulement de débuter
avec les 10 jours séparant le Nouvel An de la fête de
Kipour. Il
parvenait ainsi au chiffre de 27.
Maintenir la date de Kipour 37aec pour la prise de
Jérusalem et le début effectif du règne
paraît la solution obvie.
Hérode
était dans sa troisième année de règne effectif lorsqu'il
fit frapper sa
première pièce de monnaie avec l'inscription HRWDOU BASILEWS (du Roi Hérode),
entourant l'abréviation LG (pour Troisième année) et le monogramme de deux
lettres superposées TR. Meshorer a suggéré l'abréviation
du titre “tétrarque” circonscrit par la nouvelle fonction royale.
Le monogramme TR imitait celui des chefs de l'armée romaine: XR pour XILIARXOS
ou même EKATONTARXOS avant qu'il n'ait été soit repris par les Chrétiens pour
XRISTOS. Ce monogramme pouvait une fonction en rapport avec l'étoile du casque,
étoile de caractère messianique qui n'est plus qu'une simple crête sur les
autres monnaies non datées; ce TR pourrait tout aussi bien être l'abréviation
de titres comme THROS le gardien: gardien depuis trois ans de la ville de paix,
Hérode se considérant le héros sauveur de Jérusalem pour l'avoir libérée d'Antigone.
Mais bien d'autres termes pourraient être envisagés.
C'est un “perutah”, une monnaie juive et non la monnaie romaine choisie par Philippe et Antipas. L'inscription est grecque, puisque le nom d'Hérode est grec ; dans cette seule langue il trouve sa signification: “ode au héros divinisé”.
Le symbole du casque est un signe guerrier , tandis que l'étoile est de caractère messianique ; tous deux évoquent la victoire obtenue avec la prise de la ville et commémorent ce moment prestigieux. Soit que la pièce ait été frappée en 37 pour commémorer les trois années de combat. soit en 34, de manière à marquer le troisième anniversaire du règne effectif.
Hérode
était dans sa septième année de règne effectif lors de la bataille
d'Actium en
31aec et sa dix-septième année s'achevait avec le nouveau mois du printemps lorsque César vint en Syrie sous le consulat de Marcus Appuleius et P Silius Nerva en 20 (AJ XV:354 et Dion Cassus H R LIV, 7, 4-6) .
Entre son
intronisation
par Rome et sa mort , l'intervalle était estimé à 37 ans et
à 34 à partir de la mort
d'Antigone. "Il expira après
un règne de trente-quatre ans à compter du
jour, où, Antigone mort, il devint le maître, trente-sept
depuis le
jour où les Romains l'avaient nommé roi"(17) .
Il mourut huit jours après la nouvelle lune de nisan , âgé de 70 ans(19).
Le deuil de sept jours
qui avait suivi ses funérailles s'achevait au moment de la
préparation
de la Pâque (1). Le récit de Flavius Josèphe permet de dater la mort du roi à un ou deux jours près: Archelaüs avait été pris à parti par des factieux alors qu'il achevait un discours au temple au terme des sept jours du deuil de son père; la Pâque était imminente (GJ II,10). De là il ressort qu'Hérode mourut au cours de la première semaine de nisan. Ayant vécu au-delà du Ier nisan, une année entière s'ajoutait à son règne qui fut de 37 ans à partir de son intronisation.
Selon le comput talmudique, les huit premiers jours de nisan comptaient comme une année entière (2). Hérode ayant vécu près de huit jours au-delà de la nouvelle lune de printemps, s'ajoutait à son temps de règne une nouvelle année. De fait sa mort est datée de l'an 4avant notre ère.
Une difficulté, par contre, et qui ne trouve pas de solution,
porte sur
le tout début de sa carrière lorsque sous le gouverneur de Syrie des années 47-46 Sextus Iulius Caesar, Antipater qui venait d'être nommé sur la Judée
l'envoya en Galilée; il
ne pouvait avoir moins de 23 ans et non pas quinze comme le laisse
entendre le texte avec une insistance sur son jeune âge (2).
Mais c'est l'exception qui confirme la règle; les autres chiffres donnés par Flavius Josèphe sont cohérents entre eux.
Des
monnaies d'Antioche de Syrie frappées à son nom avec les
années 25-26
de l'ère d'Actium attestent de sa légation dès
6-5aec(23) et celles de Beyrouth portaient même son effigie.
Son départ n'est
pas spécifié mais sa mission ne se serait pas
prolongée au-delà de
l'automne 4aec puisque sous Auguste un mandat de gouverneur durait
entre deux et trois ans, y-compris l'intervalle de la succession. Il
fut remplacé par Quirinius à en juger l'affirmation de
Luc. Plusieurs événements précédant de peu le
décès d'Hérode permettent d'en préciser le
moment. Suite à une vaine
tentative d'ôter l'aigle apposé à la porte du
temple, la responsabilité
du grand-prêtre en exercice fut mise en cause, si bien qu'il fut
déposé
tandis que les insurgés étaient livrés au supplice.
"[Hérode] ayant
déposé Matthias le grand-prêtre comme responsable
en
partie de ce qui s'était passé, institua
grand-prêtre Joazar, le frère
de sa femme.
-
Sous le pontificat de ce Matthias, il arriva qu'un autre
soit établi grand prêtre pour un seul jour, celui
où les Juifs mènent
un jeûne. La raison en est la suivante. Matthias, durant son
pontificat, dans la nuit précédant le jour du
jeûne, estima avoir eu
une relation en rêvant, et à cause de cela n'étant
pas en mesure
d'officier, son parent Joseph fils d'Ellemos , accomplit la
célébration
en tant que son associé. -
Or Hérode et destitua Matthias
du grand
pontificat et l'autre Matthias, celui qui avait incité à
la sédition
ainsi que les hommes de son parti, il les fit brûler vifs."(24)
Par un "te...kai" soit “et...et”, était mise en relief la
simultanéité
des actes d'Hérode avec la déposition du grand prêtre
et le supplice de
Matthias. La formulation tenait les deux inséparablement
liés comme
deux versants d'une même action d'autant que les deux
protagonistes
portaient le nom de Matthias; et Josèphe d'ajouter. "Or même la lune
cette nuit là s'éclipsa. Alors la maladie d'Hérode
empira." Ce voile de
l'astre annonciateur de la fin du roi, ponctuait aussi la destitution
et le supplice.
Hérode voyait arriver ses derniers jours, pour
s'éteindre définitivement dix à quinze jours avant
la Pâque. En 4aec
selon les calculs astronomiques il y eut une éclipse partielle
de la
lune qui fut pleine à 2 heures dans la nuit du 13
mars
(calendrier julien); cette date correspondait dans le calendrier
hébraïque au 14 Adar aec , fête de Purim. Qu'en cette
nuit les conditions
atmosphériques aient permis ou non l'observation de
l'éclipse, les
connaissances astronomiques d'alors étaient à mêmes
de la prédire. Ni
en 5 ni en 3aec il n' y eut d'éclipse visible depuis
Jérusalem à cette
période de l'année; aussi l'hésitation qui avait
pu naître à propos de
la prise de Jérusalem et du cycle sabbatique était de
fait balayée.
Mais reste à préciser si c'était aussi le jour du
jeûne, et quel jeûne,
car se trouvaient reliés des faits qui ne
s'étaient pas
nécessairement produits le même jour.
Les successeurs d'Hérode frappèrent monnaie,
Archelaüs le perutah comme
son père tandis qu' Antipas et Philippe optèrent pour la
monnaie
romaine, dupondius, as, semis et quadrans qui portaient leur
année de
règne(32).
Hérode Antipas exerça comme tétrarque sur la
Galilée et la Pérée de la
mort de son père à sa destitution par Caligula
auprès duquel il avait
revendiqué la royauté en prenant exemple sur Agrippa I
nommé avec le
titre de roi en 37/38 sur les terres de Philippe; son exil à
Lyon en
compagnie d'Hérodiade date de 40 au plus tard; au printemps 41 la
problématique de la
statue dissuadait de tenter toute négociation avec
l'empereur. Une série de monnaies frappées dans sa
tétrarchie portent
le chiffre de sa 43 ème et dernière année de
règne, ce qui reporte le
début de son mandat à 4aec.
Philippe mourut la 20ème année du principat de
Tibère (33/34 ec), dans
sa 37ème année de règne(33) ; une monnaie datée de sa 37ème et donc
dernière année, manifeste qu'il régna dès
sa confirmation par Rome en 4
aec; dès 3aec il renommait Césarée la ville de
Panéas(34).
- L'Eclipse de Lune du 10 Janvier de l'an 1 avant l'ère chrétienne
Josèphe n'ayant pas parlé des jours de Purim au moment de
l'éclipse de
lune, d'autres dates ont été envisagées par les auteurs anglo-saxons au tournant de ce millénaire.
L'éclipse du 23 mars de l'an
5aec, parce qu'elle tombait à la pâque même, ne
convient évidemment
pas. Aucune ne fut visible de Jérusalem les deux années
précédentes et
il est inutile de remonter au-delà puisque Varus n'était
pas alors
gouverneur de Syrie mais proconsul d'Afrique. Les autres
éclipses
visibles de Jérusalem dans ces années là sont
celles du 9/10 janvier et
29 décembre 1aec. La première passe pour un élément déterminant susceptible de dater la mort du tyran. Mais pour assurer la pertinence de cette datation il faudrait trouver le moyen, sans déformer les sources de:
1 - Justifier que sur leurs monnaies respectives, Philippe et Antipas aient anticipé leur règne de trois ans. Une antidatation de leur
part eût
passé pour un acte de rébellion contre l'autorité
romaine qui les avait
intronisés après la mort de leur père. Par toute Leur
attitude
ils manifestèrent leur vassalité: Ils se rendirent à Rome
pour recevoir d'Auguste leurs attributs de tétrarque; ils adoptèrent l'un et
l'autre une
monnaie non hébraïque ni séleucide, mais romaine,
sans compter les noms
impériaux donnés à leurs villes et la demande
réitérée trois fois par
Antipas d'être élevé au titre royal.
Rien ne vient
justifier une
antidatation puisque Hérode avait couché ses fils sur son
testament
très peu avant sa mort et que, plus jeunes qu'Antipater, 'ils n'avaient pas comme lui, exercé du vivant de leur père.
D'autre part la frappe de la monnaie, de par son caractère
officiel,
répondait à des règles sur lesquelles
n'interféraient pas ces aléas
d'évaluation qui ont pu être relevés dans les
computs de certains
historiens de l'Antiquité.
2 - Justifier qu'en l'an 1 de notre ère, Caius César ait été initié pour la
première
fois seulement aux affaires publiques, alors qu'à cette date il était
déjà détenteur de l'imperium proconsulaire remis par
son grand-père (41).
A la mort d'Hérode, il avait
été convié à s'asseoir au premier
rang du conseil qui devait statuer sur le partage entre les
fils du roi; si dès cette époque il avait été détenteur de l'imperium, il aurait du
traiter l'affaire lui-même et ne pas se contenter de siéger au conseil. 
Son attitude,
par contre, est cohérente avec celle du jeune homme qui
allant
sur ses 16 ans en 4aec, était initié par son grand-père aux affaires de l'empire. Son frère Lucius trop jeune ne siégeait
pas à ses
côtés, tandis que deux ans plus tard, en 2aec, ils inauguraient
ensemble le
temple de Mars Ultor (42).
Il faudrait aussi Justifier que Caius se soit trouvé auprès
d'Auguste en Iaec
alors que selon les fastes de Préneste il avait quitté la
Péninsule
pour se rendre en Orient un 29 janvier(38);
c'était en l'an I aec très
probablement, puisqu'au Ier janvier suivant il était
déjà en poste
comme consul; Tibère en résidence à Rhodes
était allé se prosterner
devant lui quand la puissance tribunitienne qu'il avait reçue en
6aec,
pour cinq ans, était arrivée à
échéance sans avoir été reconduite; Suétone écrivait ensuite qu'il devait rester deux
ans dans cet état jusqu'à son départ de Rhodes en
2aec (39). Pas un indice, dans la
documentation rassemblée, n'atteste de la présence de
Caius à Rome en
Iaec.
4 - Justifier que Varus se soit trouvé à nouveau en Syrie.
Cette supposition purement spéculative, ne dispose
d'aucun indice et fait tort au simple bon sens : comment, en effet, un dignitaire tel que Varus, Proconsul de la province d'Afrique où il fit frapper monnaie à son nom et effigie (un privilège très rare), après avoir fait de même en Syrie où il fut gouverneur en titre, après avoir été par son mariage associé à la famille impériale, aurait accepté d'être renvoyé dans cette province pour y réduire les factieux, non plus comme gouverneur en titre, mais comme second du jeune Caius qui était détenteur de l'imperium sur l'Orient? Le procurateur Sabinus étant également sur place à la mort d'Hérode , comment Varus, aurait-il accepté de se retrouver coincé entre Caius et lui, sans titre et sans affectation précise?
La date du 2 Shebat dans le rouleau Megillat Ta'anit
A la date du 7 kislev et du 2 shebat le rouleau “Megillat Taanit”, fait mémoire de la mort d'Hérode.
Megillat Ta'anit est un calendrier pharisien de fêtes mineures, soulignées par l'interdit du jeûne lors de certaines réjouissances; le nom d'Hérode y figure à deux dates différentes. Bien évidemment il ne s'agit pas de sa mort puisqu'on ne meurt jamais deux fois.
La
première commémore festivement sa disparition, tandis que la seconde l'associe au mépris dans lequel sombra Alexandre Jannée.
1 - Le 7 Kislev
- «le 7 kislev “Yom Tov” le jour où Hérode mourut, car Hérode haïssait les Sages; qu'il y ait de la joie devant Dieu quand le méchant passe de ce monde».
2 - Le 2 Shebat
- «Hérode mourut ; Yanai mourut méprisé. Qu'il y ait de la joie devant Dieu quand le méchant passe de ce monde».
Le 7 kislev (novembre-décembre) dénonçait l'attitude d'Hérode vis à vis du mouvement des Sages (Pharisiens) tandis que le 2 Shebat associait son nom à celui d'Alexandre Jannée (Yanai) pour les traits de caractère qui leur étaient communs.
Megillat Taanit proposait plusieurs associations de ce type selon une pratique talmudique qui visait à placer différentes personnes sous le même nom, sinon sous la même date, en raison d'une similitude de comportement. Y étaient commémorés les faits et gestes des patriarches à commencer par Noé. Provenant du parti pharisien il répondait à des motivations autres qu'à une consignation de dates historiques.
Flavius Josèphe ayant placé le décès du roi en nisan près de huit jours avant la Pâque, le 7 kislev devait plutôt rappeler un moment particulier dans la répression menée contre les Pharisiens. Ce n'est pas tant le départ du roi dont ils se réjouissaient que de leur délivrance.
Dans les almanachs Juifs le 2 Shebat (janvier-février) est considéré comme la date de la mort d'Alexandre Jannée. Considérer cette date comme celle de la mort d'Hérode le Grand ne peut venir que d'une méprise.
De plus entre le 2 shebat et le 15 nisan jour de la Pâque, le décompte est de 72 jours dans le cas d'une année commune, ou 100 jours dans le cas d'une année embolismique (voir à ce sujet la contre-enquête de F-D Fournier sur le mémoire de G Gertoux). Ces chiffres sont incompatibles avec le récit de Flavius Josèphe évoqué plus haut.
Une pomme pourrie?
Si c'était au printemps de l'an 4 avant notre ère qu'Hérode avait mangé une pomme (AJ XVII,183) selon l'étude “agronomique” conduite par G Gertoux, elle eût été pourrie.
Le grec μῆλον est un terme générique pour le fruit comestible , non seulement la pomme mais la grenade, le pamplemousse, le citron , l'orange dont regorge la plaine de Jéricho et dont la peau, qui n'est pas comestible, ne s'arrache pas toujours avec la main. Hérode prit le soin de "l'écorcer" (περιλέπω) avant de la manger. Ce verbe rare , se rencontre une autre fois chez Hérodote pour l'écorce d'un arbre (H 8,115,2). C'est donc autre chose qu'une pomme qu'avait demandé Hérode avant de retourner le poignard contre lui.
L'année de la mort d'Hérode se déduit des repères qui parsèment le
chapitre XIV des
Antiquités Juives. Corroboré par l'astronomie et la
numismatique le
décès du roi survint une semaine après la nouvelle lune de printemps en 4avant notre ère,
soit deux ans avant la
naissance du Christ .
Si le récit de l'évangéliste Matthieu est incompatible avec cette donnée
c'est parce que son intention n'était pas celle d'un historien. Il se donnait pour but d'avertir des fidèles sur les dangers qu'ils couraient dans un contexte particulier postérieur et étranger à celui décrit par Luc et Flavius Josèphe.
suite: Les sources romaines de l'évangéliste Matthieu
© Copyright 2004 -2007
1 - Rosh ha-Shanna1,1: "Comment établit-on le compte des années de
règne: Si un roi est mort en adar, et un autre a
été nommé le même mois, on compte un an
à chacun. Toutefois il faut que le second ait au moins
commencé le mois de nisan" Rosh ha-Shana 1-1.
2 : cf James L Boyer tableau chronologique entre l'Ancien et le Nouveau Tetament, Grace, Indiana,1999-
3 - Samuel 5:5 , I Chr 3,4 et I rois 2:11; Sanhedrin 107a, Rosh
ha-Shanna,I,1.
4 - Cf Esd 6,15; 2 Chr 15,10. En sens contraire 1 Rois 6,37-38 (le
temple fut construit en 7 ans 1/2 alors que 7 ans seuls sont retenus
dans le comput; toutefois les dates avancées sont babyloniennes
et tardives).
5 - AJ XIV,v.389. Son intronisation ayant eu lieu peu après la paix de Brindisi, la fin de l'année 40 et le temps
précédant le 1er nisan de l'année 39
équivalaient à la première année de
règne, la seconde allant du 1er nisan 39 au 29 adar 38.
6 - "Il se dirigea sur
Jérusalem et conduisit son armée jusque sous les murs :
il y avait alors trois ans qu'il avait été salué
à Rome du nom de roi." GJ, I, 17, §
8.
7 - AJ XIV,475
8 - AJ 15/7 "elle avait eu lieu
alors"; le verbe est au plus-que-parfait , l'année sabbatique
étant achevée.
9 - Seder Olam §30 ;
également TB Ta'anit 29a.
10 - Maïmonides, Hilkhot
Chemitah Veyovel, X,6 sur Ta'anit 29a ; ce cycle du Seder Olam est
celui en vigueur; il a été récapitulé dans
la table de B Zuckermann ("Ueber
sabbatjahrcyclus und Jobelperiod, Breslau 1857).
11 - Rosh ha-shanna
I,1
12 -TB Arakin 11b (motsaé
cheviit) ; principes de Rabbi Huna dans Avodah zara 9b. Maïmonide
(1135-1204) Hilkhot Chemitah veyovel, X, 4.
13 - Ben Zion Wacholder, The
Calendar of Sabbatical cycles during the Second Temple and the early
Rabbinic period, et " "The Calendar
of Sabbath Years During the Second Temple Era: A Response," Hebrew
Union College Annual vol 43 1973 p 153-96. et vol 54 (1983), 123-133. .
Discussion avec D. Blosser "The
Sabbath Year Cycle in Josephus," Hebrew Union College Annual 52
(1981), 129-139.
Examen de la thèse de Wacholder, en faveur de celle de Zuckermann représentant le cycle sabbatique courant:
http://www.pickle-publishing.com/papers/sabbatical-years.htm
14 - Philon, De leg, 249
15 - BJ II,200: il voyait que les Juifs ne cédaient à
aucun de ces moyens et que la campagne risquait de ne pas être
ensemencée, car au moment des semailles le peuple passa
auprès de lui cinquante jours dans l'inaction.
16 - Mishnah, Sotah, 7:8. Agrippa régna de 37/38 à 44 et
il n'y eut qu'une année sabbatique durant son règne. A la
différence d'Agrippa II, il se trouvait en mesure de lire
l'Hébreu et avait Jérusalem sous son pouvoir. Cf AJ XIX,
292-295).
17 - GJ 19,
§4
18 - GJ I, 33,8 et AJ XVII,8,1
19 - Ant. XVII, 6, 1 = Bell., I, 33,
1.
20 - AJ XIV:158, Hérode étant mort septuagénaire (Ant. XVII, 6, 1 = Bell., I, 33, 1)
21 - Dion Cassius Histoire
Romaine ch XLIX, § 23
22 - AJ XVII, 165-167
23 - Roman Provincial Coinage, Syrie, Antioche 4242 et 4245
24 - AJ XVII,167-168. En GJ I Livre I, 33 § 2 à 5, le
récit diffère et la mise en cause du grand-prêtre
n'est pas évoquée, pas plus que le jeûne ou
l'éclipse.
)25 - Selon AJ XII, 412, le
13 aec commémorant une victoire était dit "Jour de
Nikanor" ; cf. également II Maccabées, 15, 36, et
Megillat Ta'anith, § 30. Selon le Midrash Tanchuma et le
traité Sofrim (17:4, 21:1) , un jeûne de trois jours
était observé en nisan, en référence
à celui d'Esther.
26 - Maïmonide, Loi du culte de Kipour ch I, §3; cf. Talmud,
Yoma.
27 - cf Lévitique, ch. 15.
28 - Maïmonide, Loi du culte de Kipour ch I, §3.
29 - AJ XVIII, IV
30 - AJ XIV, IV, 3 et
XVI,4.
31 - GJ, II-17/10 et 18/1
32 - Jacob Maltiel Gerstenfeld, New catalogue of Ancient Jewish coins,
Tel Aviv 1987, p68-71. Antipas n°95 à 114, années 24,
33,34, 37 et 43 de son règne; Philippe n °115 à 133,
années 5, 12,16,19,30,33,34,36,37.
33 - AJ XVIII,106; la lecture du chiffre 22 au lieu de 20 faite par
David W. Beyer sur des manuscrits (Latins?) jusqu'en 1544 du British
Museum ("Josephus Re-Examined:Unraveling the Twenty-Second Year of
Tiberius", dans Chronos, Kairos, Christos II, ed. E. Jerry Vardaman
1998), n'est pas celle qui a été faite sur les manuscrits
du Haut Moyen-Age, dont découlent les éditions du texte
grec et les trductions. L'éditeur J Vardaman est en outre
l'inventeur de "microletters" sur des monnaies grâce auxquelles
il date la Nativité de 12aec.
34 - Meshorer, Y., Ancient Jewish Coinage, (New York: Amphora Books,
1982), vol. 2, p.43
35 - Megillat Taanith,
§ 25,
36 - Autre exemple: Au 9 Av date "moyenne" entre le 10 Av (suivant
Jérémie, 52,12) et le 7 Ab (suivant II Rois, XXV, 8) fut
fixée la destruction du premier temple; lui fut associée
la destruction du second intervenue le 10 lous= 10 août 70 selon
AJ VI, 4§5, soit le 15 av.
37 - GJ, Livre II, 1 § 3.
38 - Selon les Fastes de Préneste dont la notice: "enregistre le
départ de Caius qui ne peut être situé qu'en
l'année 1aec quelles que soient les incertitudes concernant
encore la restitution exacte de ce document épigraphique, une
telle datation doit être désormais
considérée comme indiscutable". Cf F. Hurlet, Les
collègues du prince sous Auguste et Tibère, Ecole
Française de Rome,1997, p133
39 - Suétone, Tibère, XI,8, XII,3 et XIII,1;
également Dion Cassius LV,X,19
40 - Ant. XVII.ix.5; GJ, II,2,4.
41 - idem , v 18 et Fastes de Preneste "In transmarinas Provincias
missus est ab imperatore"
42 - Dion Cassius, LV, X.